Cette forteresse de 1 579 âmes domine la Woëvre : une Américaine sauva le village de la destruction totale

355 mètres. Le village se tient sur un promontoire qui domine la Woëvre sans la menacer. On y monte par une route qui serpente entre les bois, et soudain la plaine apparaît, d'un seul tenant, jusqu'à l'horizon. C'est là que Miss Belle Skinner a débarqué en 1918, avec son chéquier.

1 579 habitants, une Américaine et un château rasé : ce qui s'est passé en 1918

Les troupes américaines sont entrées à Hattonchâtel en septembre 1918. Le village n'était plus qu'un tas de pierres fumantes. Le château, les maisons, l'église : tout avait été dévasté par les combats qui rongeaient la Meuse depuis quatre ans.

Miss Belle Skinner, héritière américaine, a financé la reconstruction intégrale du château et du village. Elle n'était pas originaire de la région. Elle n'avait aucun lien de sang avec Hattonchâtel. Elle a simplement vu les ruines et a décidé que ce promontoire méritait de survivre. La rue principale porte encore son nom.

La mairie, construite en style troubadour en 1923, offre depuis sa terrasse la vue que Miss Skinner a voulu sauver : la plaine de la Woëvre, la Butte de Montsec, le lac de Madine au loin. C'est le même panorama que les évêques de Verdun contemplaient depuis le IXe siècle, quand Hatton leur servait de résidence.

900 ans d'évêques, un incendie suédois et un retable que personne n'attendait

Le château a été fondé par Hatton, évêque de Verdun. Les prélats y ont séjourné jusqu'en 1546, date de la cession au duc de Lorraine. Les Suédois l'ont incendié en 1636, Richelieu l'a fait démanteler. Le village a pourtant toujours rebondi.

L'église Saint-Maur, fondée au XIe siècle, abrite deux retables. Le premier date du XIIIe siècle, en bas-relief, derrière le maître-autel. Le second, de 1523, est attribué à Ligier Richier. On l'appelle le « retable d'Hattonchâtel ». Les vitraux sont de Jacques Grüber, de l'École de Nancy. Le cloître attenant ne conserve plus qu'une seule des trois galeries d'origine, celle de 1328.

La maison des voûtes, ruine du XIIe siècle, se cache derrière le monument aux morts. La maison des arcades, du XIVe siècle, domine la place centrale. C'est sous ces arcades que le prévôt rendait la justice. Le lavoir, édifié en 1921, mêle l'inspiration médiévale à des détails japonais.

Le titre de Plus Beau Village de France manqué de peu

Hattonchâtel fait partie de l'association des Beaux villages lorrains. Il a manqué de peu le label national des Plus Beaux Villages de France. La commune fusionnée de Vigneulles-lès-Hattonchâtel compte aujourd'hui 1 579 habitants sur 63,85 km². Le village perché, lui, reste à l'échelle humaine.

La terrasse du café-restaurant, ouverte aux beaux jours, reprend le fil de la promesse de 1923 : regarder la plaine sans rien demander d'autre.

Comment y aller et quand y aller

Hattonchâtel se trouve dans la Meuse, sur les Côtes de Meuse, à proximité de Saint-Mihiel et du lac de Madine. L'été est la saison la plus naturelle : terrasses ouvertes, lumière longue sur la Woëvre.

Le village se visite en une demi-journée. Le château se découvre de l'extérieur. La mairie et sa terrasse panoramique sont accessibles. Le retable Renaissance et les vitraux de Grüber valent l'entrée de l'église. Le lac de Madine, à quelques kilomètres, prolonge la sortie par l'eau.

Peut-on visiter le château à l'intérieur ?

Le château se découvre principalement de l'extérieur. Certaines parties peuvent être visitées selon la programmation, mais la promesse du lieu tient avant tout à la vue depuis le promontoire et au patrimoine bâti du village.

La rue Miss Skinner est-elle facile à trouver ?

La rue Miss Skinner part de la place centrale, parallèle à la rue des Arcades. Elle conduit à la mairie. Son nom est indiqué, et elle constitue l'axe principal du village reconstruit dans les années 1920.

La falaise était là avant les évêques. Elle a survécu aux Suédois, à Richelieu, à 1914-1918. Miss Skinner l'a sauvée une deuxième fois. La rue porte son nom, la mairie donne sur la même plaine, et le retable de 1523 attend toujours dans l'église du XIe siècle. 355 mètres suffisent à changer le regard.