Cet étang de 9 mètres de tourbe cache 12 000 ans de climat sibérien en Suisse
La brume matinale se lève lentement sur l'eau noire de l'étang. À 998 mètres d'altitude, dans les Franches-Montagnes suisses, un parking à 4 francs suisses donne accès à l'un des secrets les mieux gardés du Jura. Sous vos pieds, 9 mètres de tourbe racontent 12 000 ans d'histoire climatique.
L'Étang de la Gruère cache un paradoxe fascinant. Cet étang artificiel de 500 mètres sur 60, créé au XVIIe siècle pour alimenter un moulin, repose sur une tourbière millénaire. Chaque année, entre 100 000 et 200 000 visiteurs foulent cette mémoire géologique vivante.
Un étang du XVIIe siècle niché dans une tourbière de 12 000 ans
Le parking Nord de La Theurre s'ouvre sur une route goudronnée de 300 mètres. L'Auberge de la Couronne marque l'entrée de cette réserve naturelle d'importance nationale. À quelques pas, les premières passerelles en bois révèlent l'ampleur du site.
L'étang mesure exactement 500 mètres de long sur 60 de large, avec une profondeur de 4 à 5 mètres. Une digue du XVIIe siècle a créé cette retenue d'eau pour actionner un moulin à céréales. Le nom "Gruère" évoque d'ailleurs les gruaux d'avoine transformés ici.
Cette intervention humaine s'inscrit dans un écosystème beaucoup plus ancien. La tourbière s'est formée il y a 12 000 ans, après la dernière glaciation. Aujourd'hui, elle s'étend sur 120 hectares, dont 56 hectares de haut-marais où la tourbe atteint 9 mètres d'épaisseur maximale.
Ce que cachent ces 9 mètres de tourbe sous vos pieds
Une capsule climatique de 12 millénaires
Chaque centimètre de tourbe archive un fragment de l'histoire climatique régionale. Comme l'explique Pro Natura Suisse, ce site "est le gardien de l'histoire du climat de la région sur les 12 000 dernières années".
Jusqu'en 1955, les habitants exploitaient cette tourbe pour le chauffage domestique. Paradoxalement, la réserve naturelle avait été créée dès 1943 par les Naturalistes franc-montagnards. Un plan de régénération mis en place dans les années 1980 protège désormais plus de 120 hectares.
Un écosystème de toundra sibérienne en Suisse romande
L'eau sombre reflète les épicéas et les pins qui encerclent l'étang. Les sols acides brunâtres nourrissent une flore exceptionnelle : sphaignes, laîches, linaigrettes et droseras, ces plantes carnivores typiques des milieux tourbeux.
Pro Natura décrit justement les "plantes et animaux rares, habitants typiques de la toundra sibérienne". Cette ambiance nordique unique en Suisse romande fascine les photographes. Les 700 mètres de passerelles permettent de découvrir ce marais fragile sans l'endommager.
Le sentier balisé de 2,8 kilomètres serpente à travers cette végétation. Comptez 45 à 60 minutes pour la boucle complète, avec seulement 40 mètres de dénivelé positif.
Que faire à l'étang de la Gruère : entre passerelles bois et fromages franc-montagnards
Le sentier des 2,8 kilomètres (et pourquoi venir en automne)
L'automne transforme la tourbière en un tableau aux couleurs cuivrées. Les sphaignes rougissent, les linaigrettes ondulent dans le vent frais. Cette saison révèle des nuances invisibles pendant l'été touristique.
Le printemps offre également des conditions idéales. Les visiteurs sont moins nombreux qu'en juillet-août, quand les parkings se remplissent dès 10 heures. Le Centre Nature Les Cerlatez propose des visites guidées sur réservation pour comprendre cet écosystème complexe.
En hiver, certains téméraires pratiquent le patinage sur l'étang gelé. Cette activité se fait aux risques et périls des participants, sans aucun contrôle officiel de l'épaisseur de la glace.
Fromages Tête de Moine et auberges locales à Saignelégier
Saignelégier, à 5 kilomètres de l'étang, perpétue les traditions gastronomiques franc-montagnardes. Les auberges servent le Tête de Moine en fines rosettes, accompagné d'Appenzell et de pain de seigle local.
La fondue jurassienne rivalise avec celle du Valais. Comptez entre 25 et 40 francs suisses pour un repas complet dans les auberges du village. L'Absinthe du Val-de-Travers complète cette découverte des saveurs régionales, dans cette terre d'élevage des fameux chevaux des Franches-Montagnes.
Pourquoi 100 000 visiteurs choisissent ce marais plutôt que les lacs alpins
L'Étang de la Gruère séduit par son authenticité préservée. Contrairement aux Étangs de la Brenne qui accueillent plus de 500 000 visiteurs par an, ce site jurassien reste à taille humaine. Ce lac de 25 hectares reste gelé 6 mois par an partage cette même quiétude montagnarde.
Le tarif de stationnement de 4 francs suisses représente 60% de moins que la moyenne des parcs naturels alpins. Cette accessibilité financière démocratise la découverte d'un écosystème d'importance nationale, comparable aux réserves naturelles lacustres protégées de France.
Comme le résume l'office de tourisme j3l.ch : "Réserve naturelle d'importance nationale, l'étang de la Gruère est un havre de paix et un paradis pour les amoureux de la nature." Cette tranquillité nordique à 250 kilomètres de Lyon et 450 de Paris explique son succès croissant.
Vos questions sur l'Étang de la Gruère répondues
Comment accéder à l'étang depuis la France et combien ça coûte ?
En voiture, prenez la sortie Saignelégier puis suivez les panneaux vers La Theurre (parking Nord) ou la scierie (parking Sud). Chaque emplacement coûte 4 francs suisses par jour, avec un accès gratuit aux sentiers via 200 à 500 mètres de route goudronnée.
En transports publics, la gare de Saignelégier dessert les lignes régionales depuis Genève (2 heures, environ 50 francs suisses) ou Zurich (2 heures, 60 francs). Le bus B32 relie ensuite la gare aux arrêts "La Theurre" ou "Moulin de Gruère" en 5 à 10 minutes pour 3 francs supplémentaires.
Quelles spécialités gastronomiques déguster à Saignelégier ?
Le Tête de Moine AOP se déguste en rosettes traditionnelles, découpées à la girolle. L'Appenzell, fromage à pâte mi-dure, accompagne parfaitement le pain de seigle local. La fondue jurassienne, différente de la version valaisanne, utilise ces fromages régionaux.
L'Absinthe du Val-de-Travers prolonge cette découverte des traditions. Cette eau-de-vie parfumée à l'armoise accompagne les soirées dans les auberges franc-montagnardes, où les secrets gastronomiques jurassiens se transmettent de génération en génération.
L'étang de la Gruère ressemble-t-il vraiment à la Sibérie ?
Pro Natura Suisse confirme cette comparaison : le site "abrite des plantes et des animaux rares en Suisse, habitants typiques de la toundra sibérienne". Les droseras, sphaignes et sols acides créent effectivement une ambiance nordique unique en Suisse romande.
Cette ressemblance visuelle avec les parcs naturels de Finlande ou de Suède tient aux pins sombres, aux eaux brunes et aux vastes étendues marécageuses. Seul le climat alpin tempéré (entre -5°C et 22°C selon les saisons) rappelle que vous vous trouvez à quelques heures de route des grandes villes françaises.
Un dernier regard depuis la passerelle centrale révèle toute la magie du lieu. La brume d'automne accroche les épicéas centenaires, l'eau noire reflète le ciel de montagne. Sous vos pieds, 9 mètres de tourbe murmurent l'histoire de 12 000 hivers jurassiens.