Cet étang de 80 hectares cache 3 siècles de forges à 45 km de Rennes
L'avenue Félix Brochet mène à un spectacle oublié. Un barrage de pierre traverse le Semnon. L'eau immobile reflète les frênes centenaires.
Sous cette surface calme dormait autrefois le cœur industriel de la Bretagne intérieure. L'Étang de la Forge cache le dernier vestige d'un système hydraulique unique. Trois étangs interconnectés alimentaient les forges de René Saget depuis le XVIIe siècle.
À 45 km de Rennes, ce patrimoine sidérurgique authentique ignore les circuits touristiques. Les randonneurs découvrent gratuitement un Espace Naturel Sensible où résonnent encore les échos d'une industrie qui forgea la Bretagne pendant deux siècles.
Un barrage du XVIIe siècle et trois étangs perdus
Le pont enjambe l'Étang de la Forge. 80 hectares d'eau calme s'étirent sur le cours du Semnon. Cette rivière prend sa source en Mayenne, 35 km à l'est.
René Saget, maître de forges, construisit ce barrage fin XVIIe siècle. L'eau alimentait son haut-fourneau pour produire fonte et clous. Trois étangs se succédaient dans la forêt : Guéra (4 hectares), Forge (80 hectares) et Saint-Morand (8 hectares).
Aujourd'hui, seul l'étang principal reste accessible via des sentiers patrimoniaux comme ce train historique landais. Le site culmine à 100 mètres d'altitude. L'eau vire du vert au bronze selon les saisons.
Les forges qui ont façonné la Bretagne pendant deux siècles
Un patrimoine sidérurgique rare en Bretagne intérieure
La métallurgie locale remonte au Ve siècle avant J.-C. Le minerai de fer abondait dans la région. Les forêts fournissaient le charbon de bois nécessaire.
« Cette industrie métallurgique connut son apogée aux 18e et 19e siècles », explique l'équipe municipale de Martigné-Ferchaud. Les forges produisaient des gueuses de fonte. Le fer servait à fabriquer des clous pour toute la Bretagne.
Le haut-fourneau cessa en 1882. Il fut démoli en 1889. Contrairement à cette rivière turquoise lyonnaise, l'étang reste accessible toute l'année gratuitement.
Le manoir du maître des forges et sa chapelle
Le manoir de 1746 se dresse au 3 rue du Manoir. René Saget y fit construire une chapelle dédiée à saint Eloi. Elle fut bénie le 25 mars 1747.
Saint Eloi protège les forgerons. Sa fête, le 1er décembre, rassemble encore les artisans locaux. Les balcons en fer forgé ornent toujours les maisons du village de la Forge.
« Le travail du fer est une activité pratiquée dans la région à partir du 5e siècle avant J.C. », précise Tourisme Ille-et-Vilaine. Cette authenticité contraste avec les châteaux touristiques bretons.
Randonnées gratuites et légendes d'un trésor englouti
Le tour de l'étang : sentier balisé ENS
L'Espace Naturel Sensible propose un circuit balisé gratuit. Le sentier longe les berges sur 3 kilomètres. Les vues s'ouvrent depuis le pont et plusieurs points d'observation.
L'automne révèle les plus beaux reflets. L'eau capture les ors et les rouges des feuillages. Printemps et automne attirent moins de 10 000 visiteurs annuels. Comme cet étang suisse protégé, le site privilégie la préservation au tourisme de masse.
Les températures oscillent entre 8 et 15°C au printemps. Elles montent de 15 à 24°C l'été. Les pêcheurs capturent brochets et sandres avec un permis journalier à 15 €.
La légende du poisson géant gardien du trésor
Un énorme poisson vivrait au fond de l'étang. Il garderait un trésor englouti depuis l'époque des forges. Les pêcheurs locaux racontent leurs prises manquées inexplicables.
« L'étang des forges représente le point de chute d'un ensemble de sept étangs répartis dans la forêt », note l'association FDMF. Cette légende douce ajoute du mystère sans sensationnalisme. Contrairement aux canaux normands touristiques, l'authenticité rurale prime ici.
Fer forgé, crêpes et silence : ce que les Bretons gardent pour eux
Le village de la Forge sommeille dans ses ruelles pavées. Aucune boutique de souvenirs. Quelques ateliers d'artisans perpétuent le fer forgé et la poterie.
Les crêperies de Martigné-Ferchaud proposent galettes de sarrasin et cidre AOC pour 25 € en moyenne. Les prix restent 20 % inférieurs à la moyenne nationale. L'hébergement rural coûte 60 € la nuit contre 100 € en Île-de-France.
La Forêt de Brocéliande se trouve à 20 km. Mais elle attire les foules l'été. Ici, l'accueil chaleureux des randonneurs se vit sans files d'attente. Le patrimoine se transmet dans la discrétion bretonne.
Vos questions sur l'Étang de la Forge répondues
Comment s'y rendre et combien ça coûte ?
Depuis Rennes TGV : 40 minutes en voiture via A81. Le péage coûte 15 € l'aller. Parking gratuit au village de la Forge. Train Paris-Rennes : 50 à 100 € selon la période.
Coût journée type : randonnée gratuite + repas crêperie 25 € + hébergement gîte 60 €. Total : 85 € contre 200 € à Dinard ou Saint-Malo.
Quelle est la meilleure saison pour visiter ?
Printemps et automne offrent les meilleures conditions. Températures de 10 à 18°C. Couleurs vives sur l'eau. Quasi-absence de touristes. Évitez juillet-août si vous cherchez la solitude.
L'hiver reste praticable mais pluvieux. Le climat océanique impose ses caprices. Les reflets automnaux transforment l'étang en miroir bronze et or.
En quoi ce site diffère-t-il des autres étangs bretons ?
L'Étang de la Forge possède le seul patrimoine sidérurgique intact de Bretagne intérieure. Les étangs touristiques comme Jugon-les-Lacs misent sur les loisirs. Ici, l'histoire industrielle reste lisible dans chaque pierre du barrage.
Le classement ENS protège la faune et la flore. Aucune infrastructure touristique lourde. L'accès libre privilégie la contemplation à la consommation.
Le martin-pêcheur file au ras de l'eau. Sa trace bleue fend le silence de l'après-midi. Sur la berge, un pêcheur range sa canne. Le gros poisson garde toujours son secret au fond de l'étang centenaire.