Ce village de 369 habitants perpétue un rituel païen que même Poligny ignore
Un dimanche de fin septembre, 369 habitants suivent un monolithe de pierre entrer dans l'église Saint-Michel. Dehors, les tuiles vernissées du clocher scintillent sous le soleil comtois. Croix de Malte vertes et rouges qui veillent sur les collines du Revermont depuis 1659.
Montholier ne figure sur aucun guide touristique. Pourtant, ce village du Jura abrite un mobilier religieux entièrement classé Monument Historique. Il perpétue une tradition païenne christianisée que des villes entières ont oubliée.
Un clocher comtois où brillent les croix de Malte
L'église Saint-Michel se dresse au sommet du village, massive et sobre. Construite entre 1654 et 1659, elle porte la signature architecturale franc-comtoise.
Son clocher-porche exhibe les tuiles vernissées typiques de la région. Émaillées à la main, elles dessinent des croix de Malte sur les quatre faces. Symbole des Chevaliers Hospitaliers qui protégeaient la région médiévale.
Une seule cloche sonne depuis 1747. Fondue grâce aux dons des paroissiens, elle rythme encore la vie des 369 Barouchins. À l'intérieur, mobilier baroque entièrement classé : retable doré, stalles du XVIIe siècle. Contre le mur, la pierre énigmatique attend.
Le Biou : quand un monolithe païen bénit l'église
Une pierre qui traverse les siècles
Chaque 29 septembre, fête de Saint-Michel, les paroissiens sortent le Biou. Un monolithe pré-chrétien conservé dans l'église depuis des siècles.
Tradition unique en France, ce rituel remonte aux cultes gaulois romanisés. Puis christianisés au Moyen Âge. Les hommes portent la pierre en procession, le curé la bénit.
Geste identique depuis mille ans. Contrairement aux reconstitutions folkloriques, ici la fête reste paroissiale. Pas de stands, pas de médiatisation. Comme l'explique un vigneron participant depuis 20 ans : "Si on médiatise, on perd le sens".
Un patrimoine que les guerres n'ont pas détruit
Le village a survécu aux Grandes Compagnies au XIVe siècle. Sa maison-forte fut détruite par Louis XI en 1480. La guerre de Dix Ans ravagea les lieux entre 1634 et 1644.
L'église reconstruite en 1659 intégra des éléments sacrés antérieurs. Dont le Biou. Montholier incarne cette capacité comtoise à absorber les traumatismes sans effacer les strates.
Vivre comme un Barouchin le temps d'un week-end
Randonnées dans les collines du Revermont
Départ depuis l'église : sentiers gratuits traversent vignobles et forêts. Vues sur les plaines doloises à 300 mètres d'altitude. L'enclos pré-romain des Millières se rejoint en 20 minutes à pied.
Site archéologique identifié par photos aériennes DRAC, non balisé. Préservé de l'affluence contrairement aux destinations touristiques comtoises voisines. Printemps et automne offrent températures de 5 à 18°C, lumières douces.
Comté, savagnin et cancoillotte à 12 kilomètres
La Maison du Comté à Poligny détaille la fabrication AOP. Visite de 5 à 8 €. Restaurants locaux servent morteau, cancoillotte, vin jaune authentique.
Hébergement : gîtes dès 50 € la nuit, chambres d'hôtes 80-110 €. Soit 20 % moins cher que la moyenne Jura touristique. Accès par A39 sortie Poligny, puis 12 kilomètres. Train TER à Poligny : Paris-Poligny 2h30, billets 50-80 €.
Ce que Montholier garde que Baume-les-Messieurs a perdu
Baume-les-Messieurs, classé Plus Beaux Villages, attire 10 000 visiteurs par an. Montholier reste sous les 1 000. Différence cruciale : ici, le sacré n'est pas muséifié.
Le Biou circule encore. La cloche de 1747 rythme les offices. Les habitants vivent le patrimoine. Les pierres ocre du Revermont évoquent la Toscane rurale : collines, sobriété architecturale. Sans les cars de touristes.
Authenticité préservée car économiquement non rentable. Paradoxe qui sauve l'âme des villages patrimoniaux discrets.
Vos questions sur Montholier, Jura, Bourgogne-Franche-Comté, France répondues
Quelle est la meilleure période pour visiter Montholier ?
29 septembre pour la fête du Biou, tradition unique. Sinon printemps et automne pour randonnées avec températures de 8 à 18°C. Couleurs automnales, affluence minimale toute l'année.
Combien coûte un week-end à Montholier versus Poligny ?
Hébergement Montholier : 50-150 € la nuit pour deux personnes. Repas : 20-35 €. Total week-end 200-400 €. Poligny : 20-30 % plus cher due à la pression touristique Comté. Gratuité totale : église, randonnées, sites archéologiques.
Montholier ressemble-t-il à d'autres villages européens ?
Visuellement : villages toscans avec pierres ocre, collines, églises perchées. Culturellement : paroisses rurales d'Auvergne où traditions résistent. Singularité absolue : le Biou reste unique en France. Même la Bourgogne voisine n'a pas conservé de rituel similaire.
Le soir tombe sur Montholier. Les croix de Malte du clocher captent les derniers rayons, émeraude et rubis contre le calcaire doré. En bas, une fenêtre s'allume dans une ferme du XVIIe siècle. Quelque part, la cloche de 1747 attend le prochain office.