Ce village de 307 habitants garde une chapelle du XIe siècle que le lac devait noyer

Entre 770 et 2 390 mètres d'altitude, ce village de 307 habitants s'étire sur 7 kilomètres de pentes alpines. Une chapelle du XIe siècle émerge des eaux turquoise du lac de Serre-Ponçon. Monument sauvé in extremis de la noyade programmée en 1961.

Prunières défie les cartes postales figées des Alpes. Un dénivelé de 1 620 mètres sépare les rives du plus grand lac artificiel de France des crêtes du pic de Chabrières. Dix hameaux dispersés racontent l'histoire d'une commune verticale accrochée à la montagne.

Un village vertical accroché à la montagne

La route nationale serpente depuis Gap sur 24 kilomètres. Les premiers hameaux apparaissent à 770 mètres d'altitude. Le regard grimpe vers les 2 403 mètres du pic de Chabrières.

Les Clots abrite la mairie dans cette géographie éclatée. Pra Périer, Vière, les Vignes, le Lauguet et Champioga ponctuent les pentes. Chaque hameau révèle un angle différent sur le lac de Serre-Ponçon. 23 habitants au kilomètre carré sur 13,20 km² de territoire montagnard.

À 20 kilomètres à l'est de Gap et 15 kilomètres à l'ouest d'Embrun, Prunières ouvre la porte du Parc National des Écrins. Les coordonnées 44.5419° Nord, 6.3333° Est situent cette commune rurale au cœur des Alpes du Dauphiné. L'ensoleillement généreux tempère le climat montagnard haut alpin.

La chapelle Saint-Michel, monument rescapé des eaux

L'histoire d'une submersion annoncée

1953. La mise en eau du barrage de Serre-Ponçon transforme le paysage à jamais. Deux villages entiers disparaissent sous les eaux de la Durance et de l'Ubaye. Plusieurs hameaux suivent le même sort dans cette vallée noyée.

La chapelle Saint-Michel du XIe siècle était condamnée. Construite par le prieuré de Saint-Michel de la Cluse puis rattachée à l'abbaye de Boscodon au XVe siècle, elle devait rejoindre les 417 maisons englouties sous les eaux turquoise. La mobilisation locale sauve le monument. Située légèrement au-dessus du niveau maximal des eaux, elle échappe à la destruction programmée.

Monument emblématique du lac, devenu inaccessible

Aujourd'hui, cette chapelle constitue le monument le plus photographié du lac de Serre-Ponçon. Visible depuis les rives, elle reste interdite d'accès. Murée en raison de dégradations, l'accostage sur l'îlot est formellement interdit. Paradoxe contemporain : sauvée de la noyade pour devenir une icône visuelle intouchable.

Déjà démolie en 1692 par les troupes du Duc de Savoie Victor Amédée II, rapidement reconstruite, elle accueille un pèlerinage annuel le 29 septembre. Le cimetière adjacent a été déplacé lors de l'inondation. La chapelle demeure seule sur son promontoire face aux 28 km² du plus grand lac artificiel français.

Un patrimoine architectural méconnu entre deux eaux

L'église Saint-Sauveur et le château de Vière

L'église paroissiale récemment rénovée révèle son architecture sobre. Nef unique avec abside semi-circulaire, autel en marbre, chapelle latérale nord dédiée à la Vierge. Trois statues ornent l'espace, dont une Vierge à l'enfant et une icône. La tribune surplombe le clocher-tour adossé au flanc nord.

Attestée dès 1210 sous la forme latine Prunerii, la paroisse change de vocable. Saint-Sauveur devient Transfiguration au fil des siècles. Le château de Vière, toujours habité mais non visitable, témoigne de l'architecture seigneuriale locale. Dernier vestige depuis la destruction du château de Savines lors de la mise en eau.

Sur la route de Chorges, une hélice montée en stèle rappelle un crash aérien de la Seconde Guerre mondiale. Mémoire de pierre dans ce paysage transformé par les grands travaux hydrauliques du XXe siècle.

Activités nautiques et randonnées alpines

Le complexe portuaire et le camping en bordure de lac offrent un accès privilégié aux eaux de Serre-Ponçon. Voile, kayak et jet-ski profitent des 1,27 milliard de m³ alimentés par la Durance et l'Ubaye. Le barrage en terre, le plus grand d'Europe avec ses 123 mètres de haut et 630 mètres de base, impressionne par ses dimensions.

Les randonnées vers les Demoiselles coiffées, le lac de Pelleautier ou la crête du Brisou dans le Parc des Écrins démarrent depuis les hameaux. Cette alternative PACA aux spots surpeuplés propose la Tour de Moissière à Ancelle : 11 kilomètres, niveau facile, 2h30 de marche.

Entre 770 et 2 390 mètres, l'amplitude d'une vie alpine

Prunières refuse la carte postale figée. Ce territoire vivant s'étire verticalement comme une métaphore de la résilience alpine. En bas, le lac artificiel qui noie l'ancien monde depuis 1961. En haut, les crêtes intactes du pic de Chabrières.

Entre les deux altitudes extrêmes, 307 habitants maintiennent vivante la mémoire. Une chapelle sauvée, un patrimoine ecclésial médiéval, une vocation agrotouristique adaptée au climat montagnard ensoleillé. Pas de foules, pas de commercialisation excessive. L'authenticité d'un patrimoine méconnu dans une commune intégrée à la Communauté de Communes de Serre-Ponçon.

Vol en montgolfière à 275 €, canyoning à 44 €. Les tarifs restent accessibles comparés aux stations alpines majeures. Cette destination offre une alternative non commercialisée aux amateurs de montagne, de lacs alpins et de patrimoine historique discret.

Vos questions sur Prunières, Hautes-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France répondues

Quelle est la meilleure période pour visiter Prunières et le lac de Serre-Ponçon ?

La haute saison de juin à septembre offre les meilleures conditions pour les activités nautiques et les randonnées alpines. L'ensoleillement généreux tempère le climat montagnard avec des températures estivales agréables. L'automne évite les foules tout en profitant des couleurs spectaculaires sur les pentes du pic de Chabrières. Le printemps voit la reprise progressive du tourisme lacustre.

Peut-on visiter la chapelle Saint-Michel sur le lac de Serre-Ponçon ?

Non, la chapelle reste murée et l'accostage sur l'îlot est interdit en raison de dégradations. Elle demeure visible depuis les rives du lac et les bateaux de promenade. Le monument le plus emblématique du territoire se photographie de loin. Le pèlerinage annuel du 29 septembre se déroule désormais depuis les berges.

Prunières est-il comparable aux stations alpines comme Chamonix ou Annecy ?

Absolument pas, et c'est précisément son atout. Avec 307 habitants contre les milliers de touristes quotidiens de Chamonix, Prunières propose une alternative authentique. Cette destination non commercialisée mise sur le patrimoine historique du XIe au XIIIe siècle, les activités lacustres abordables et l'accès privilégié au Parc National des Écrins. Une approche lac de montagne sans saturation touristique.

Le soleil couchant embrase les eaux turquoise du lac de Serre-Ponçon. La silhouette de la chapelle Saint-Michel se découpe en ombre chinoise. Sentinelle de pierre témoin de trois destructions manquées : 1692, 1961, et l'oubli. Au-dessus, les dix hameaux de Prunières s'allument un à un sur les pentes du pic de Chabrières.