Ce phare de 1863 ressemble à ceux de Caroline du Nord, mais il est caché dans les dunes landaises

41,5 mètres de hauteur. 192 marches. Le seul phare du département des Landes se dresse sur une dune arasée, à 860 mètres du rivage. Depuis 1863, il guide les navires entre Arcachon et Biarritz. Mais ce qui le rend visible à des kilomètres, ce n’est pas sa lumière : c’est une double spirale noire peinte en 1937, qui le fait ressembler aux phares de Caroline du Nord.

1863 : une tour de garluche dans les sables mouvants

La Commission des Phares et Balises décide de sa construction le 27 mai 1856, sous Napoléon III. Le site de Contis l’emporte sur Mimizan : à égale distance d’Arcachon et de Biarritz, il comble un trou de plus de 100 km sans amer sur cette côte du golfe de Gascogne.

Le chantier commence en 1861. L’entreprise Barsacq de Bidart remporte l’adjudication pour 172 000 francs, puis fait faillite en 1863. Les travaux sont repris et achevés la même année par l’entreprise Dominique Castaing de Mées. La dune, haute de 11,60 mètres, complique tout : il faut des fondations de treize mètres de côté, puis onze mètres, superposées. Le fût circulaire résiste mieux au vent. Les pierres sont de la garluche locale, de Saint-Julien-en-Born, Lit-et-Mixe et Bias. L’escalier en colimaçon, 146 marches en fonte, arrive de Paris en août 1863.

La nuit du 19 au 20 décembre 1863, le phare entre en service. Monsieur Pécastaing est le premier gardien. Trois hommes assurent le gardiennage, tournant toutes les trois heures pour remonter le poids de 75 kg qui fait tourner l’optique. Ce rythme dure 135 ans, jusqu’à l’automatisation en 1999.

1937 : le peintre Bellocq et la nacelle à poulie

Entièrement blanc à l’origine, le phare change de visage en 1937. Le peintre Bellocq doit l’orner de deux bandes noires en forme de double vis d’Archimède, pour en faire un repère de jour. Il se hisse à l’aide d’une corde et d’une simple poulie, sur une planche rudimentaire. La première spirale part de la porte ouest, la seconde de la porte est. Elles s’enroulent en sens inverse, créant ce motif que les marins américains appellent « barber’s pole », du nom des enseignes de barbier.

Le résultat est immédiat : le phare de Contis entre dans une famille très restreinte. Seuls trois phares au monde possèdent ce motif à double bande noire sur fond blanc : celui du Cap Hatteras, peint en 1873 en Caroline du Nord, celui de Saint Augustine, peint en 1874 en Floride, et celui-ci, le plus récent des trois. D’autres phares suivent le modèle, mais avec des variantes de couleurs, le rouge notamment.

1944 : la coupole sautée, 1949 : la lumière rallumée

Le 21 août 1944, à 15 h 5, l’armée allemande fait sauter la coupole avant de quitter Contis. Une partie du gros œuvre est endommagée. Un feu provisoire est remis en place le 22 juin 1945. Les travaux de reconstruction débutent en octobre 1948. Le phare est rallumé en 1949 avec les mêmes caractéristiques. L’escalier rénové compte maintenant 192 marches.

En 1950, un bâtiment annexe abrite le nouvel appareillage électrique. La portée passe à 23 milles, soit environ 42 km. La lampe halogène actuelle, de 180 W, repose sur une cuve à mercure entraînée par des moteurs. L’ensemble est télécontrôlé depuis Bayonne. Le phare sert aussi de relais radio au CROSS, de relais de radionavigation et de télécommunication : on peut passer des appels depuis la plage.

Comment y aller et ce qu’on grimpe

Le phare se trouve à Contis-Plage, station balnéaire de la commune de Saint-Julien-en-Born, dans les Landes. Il est situé entre le Cap-Ferret et Biarritz, à égale distance d’Arcachon et de Biarritz. Le site est inscrit aux monuments historiques depuis le 6 novembre 2009. Le sommet offre une vue côté océan et côté forêt.

Peut-on monter au sommet du phare ?

Oui, la visite est possible. L’escalier compte 192 marches. Il faut compter un effort physique équivalent à une montée de plusieurs étages. Le dernier étage donne sur la lanterne de 3,50 m de diamètre et ses 16 côtés.

Quand y aller et combien de temps rester ?

La côte landaise est accessible toute l’année. L’été, la plage de Contis attire les surfeurs et les familles. La visite du phare se combine avec une journée sur le sable. Prévoir une heure pour la montée, la visite du sommet et la descente. Le petit musée créé par Gilles Bodin, dernier gardien, est à proximité.

La lumière éclate toujours à 25 secondes de fréquence, rythmée de quatre éclats courts. 180 W, 23 milles de portée, et ces deux spirales noires qui tournent autour de la tour. De loin, on dirait un phare américain égaré dans les dunes. Il est là depuis 1863. Les gardiens sont partis en 1999. Le mercure continue de tourner.