Ce lac volcanique de 15 hectares reste ignoré alors qu'il cache 3 espèces protégées

Le parking de la D983 se vide dans la brume matinale. À 1 202 mètres d'altitude, le silence règne. Seuls quelques randonneurs découvrent ce cratère parfait de 15 hectares, classé UNESCO depuis 2018. Un lac volcanique si pur qu'on distingue le fond à 26 mètres de profondeur. Le Lac de Servières cache trois espèces végétales protégées et des vestiges de burons médiévaux. Propriété privée Michelin jusqu'en 2019, il s'ouvre aujourd'hui gratuitement au public. Deux cents places de parking restent vides.

Un cratère maar né d'une explosion volcanique

L'eau turquoise occupe un cercle quasi parfait. Cette forme trahit une origine violente : une éruption phréato-magmatique. Le magma a rencontré la nappe phréatique souterraine. L'explosion a créé ce cratère au ras du sol, un maar typique des Volcans d'Auvergne.

Les parois abruptes du puy de Combe Perret plongent vers le sud. Des forêts de pins sylvestres, d'épicéas et de mélèzes encerclent les eaux claires. Au-delà, le panorama s'étend sur les monts Dore. Le puy de l'Ouire culmine à 1 509 mètres en arrière-plan.

Une tourbière borde la rive est. Les reflets changent selon l'heure et la saison. L'inscription UNESCO de la Chaîne des Puys en 2018 protège ce patrimoine géologique unique en Europe continentale.

Trois espèces protégées que seuls les botanistes connaissent

Sous la surface transparente vivent trois herbiers aquatiques rarissimes. L'isoète lacustre, le flûteau nageant et la litorelle à une fleur. Ces plantes protégées nationalement justifient le classement en Espace Naturel Sensible depuis 2019. Elles exigent des eaux oligotrophes, pauvres en nutriments.

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Des eaux si claires qu'on voit le fond

La transparence frappe immédiatement. On distingue le fond à 10 ou 15 mètres de profondeur. Aucune algue ne trouble cette pureté exceptionnelle. Le lac Guéry voisin, plus grand, reste moins limpide. Le lac d'Aydat, plus touristique, autorise le nautisme.

Vestiges de tras : burons médiévaux oubliés

Des monticules herbeux parsèment les estives nord et ouest. Ces vestiges de tras marquent l'emplacement d'anciens burons. Ces cabanes de bergers fonctionnaient du XIIIe au XIXe siècle. Les traces d'une maison forte pré-XIIIe subsistent près des rives. Comme l'explique le Département du Puy-de-Dôme, propriétaire : "protéger les richesses qu'il abrite et permettre à tous d'en profiter avec tout le respect qu'il mérite."

Randonner entre forêts de mélèzes et tourbières

Le tour du lac mesure exactement 2 kilomètres. Il faut compter 45 minutes de marche tranquille. Le dénivelé reste minime : moins de 30 mètres. Les GR 30 et 441 traversent le site. Le parking gratuit offre 200 places, des toilettes sèches et accepte les camping-cars pour une nuit.

Sentier des quatre saisons

En été, les truites fario et ombles de fontaine évoluent dans les eaux claires. La pêche nécessite une carte fédérale à 50 € par an. L'automne embrase les mélèzes d'or. Les brumes matinales créent des atmosphères mystérieuses. Le printemps révèle la flore de tourbière : linaigrette et drosera. L'hiver rend l'accès glissant mais transforme le paysage volcanique en décor féerique.

Gastronomie auvergnate au village d'Orcival

À 8 kilomètres, Orcival propose Saint-Nectaire fermier, Cantal vieilli et truites locales. Les repas oscillent entre 20 et 30 €. La source de la Sioule naît à 1,2 kilomètre au nord-est. Cette randonnée combinée enrichit la découverte. L'artisanat local privilégie le miel des volcans et les poteries traditionnelles.

Pourquoi ce lac reste méconnu alors qu'il est classé UNESCO

Jusqu'en 2019, la société de pêche Michelin possédait le lac. Seuls les détenteurs d'une autorisation spéciale pouvaient s'en approcher. L'acquisition par le Département du Puy-de-Dôme révolutionne l'accès. Mais la réglementation demeure stricte : chiens en laisse obligatoire, interdiction de feux, baignade et canotage proscrits.

Cette protection volontaire préserve l'authenticité. Dix à vingt mille visiteurs parcourent le site annuellement. C'est dérisoire comparé aux millions d'Annecy. Pas de promotion touristique intensive. La biodiversité prime sur le profit. Comme d'autres lacs méconnus, Servières cultive le mystère. Les randonneurs contemplatifs remplacent les selfies saturés.

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Combien coûte l'accès et quelle est la meilleure saison ?

L'accès reste entièrement gratuit : parking, sentiers et toilettes. La meilleure période s'étend de juin à septembre. Les sentiers sèchent, les panoramas se dégagent, la pêche bat son plein. Évitez novembre à mars : neige fréquente, D983 glissante. L'hébergement à Orcival varie de 40 € (gîtes) à 100 € (hôtels). Clermont-Ferrand se trouve à 26 kilomètres, soit 30 minutes en voiture.

Pourquoi interdire baignade dans un lac si pur ?

Les trois herbiers aquatiques bénéficient d'une protection nationale. L'isoète lacustre, la litorelle et le flûteau nageant supportent mal le piétinement. Les eaux oligotrophes restent fragiles. Le moindre apport de nutriments perturberait l'équilibre. Le canotage remuerait les sédiments du fond. La pêche, réglementée par la Fédération, demeure autorisée car sélective.

Comment se compare-t-il au lac Pavin ou Guéry ?

Servières mesure 15 hectares contre 44 pour Pavin. Mais il attire moins de touristes. Sa profondeur de 26 mètres dépasse celle de Guéry (13 mètres). L'altitude de 1 202 mètres rivalise avec Pavin (1 197 mètres). Avantages décisifs : parking spacieux gratuit, tour accessible aux familles, zéro commercialisation sauvage.

La lumière de fin d'après-midi sculpte les parois du cratère. Les reflets dorés dansent sur la surface miroir. Depuis le sentier nord, le puy de l'Ouire découpe l'horizon. Les épicéas noirs encadrent ce lac turquoise. Le silence absolu. Seul le cri d'une buse trouble cette quiétude. En contrebas, Orcival scintille dans la vallée. Demain, un autre volcan attend sa découverte.