Capitale mondiale du couteau : cette ville du Puy-de-Dôme aligne ses ateliers le long d’une rivière oubliée
Une rivière tombe entre deux montagnes et disparaît sous des centaines de petits ateliers. L’eau y fait tourner les meules depuis sept cents ans. Aujourd’hui encore, Thiers produit la majorité des couteaux français.
On ne vient pas ici pour une carte postale. On vient pour le bruit des lames, l’odeur d’huile et la pente. Car Thiers est une ville qui glisse, du haut de son escarpement jusqu’à la Durolle.
Au cœur du Massif central, à 37 km à vol d’oiseau de Clermont-Ferrand, elle tient depuis le XIIIe siècle un rôle unique: fabriquer plus de 80 % des couteaux produits en France.
Sept siècles à forger sous le bruit de l’eau
La Durolle descend des monts du Forez, encaissée entre la ville-haute et la plaine de la Limagne. Dès le XIIIe siècle, sa force motrice actionne les meules des couteliers. Au XVIe siècle, les lames thiernoises s’exportent déjà vers l’Espagne, l’Italie et jusqu’aux Indes, par voie fluviale.
Aujourd’hui, la vallée des usines garde la trace de cette épopée. Les anciens bâtiments industriels se succèdent le long de la rivière, entre les barrages et les centrales. À l’ère industrielle, la coutellerie s’est mécanisée, pendant que les papeteries et les tanneries disparaissaient.
La lame a survécu.
Près d’une centaine d’entreprises, le premier bassin mondial
Le bassin thiernois reste en 2022 le premier producteur mondial de couteaux. Près d’une centaine d’entreprises y exercent encore, des grandes maisons aux artisans qui tiennent boutique dans la ville-haute. Le musée de la coutellerie raconte cette continuité.
Le centre d’art contemporain du Creux de l’Enfer, transformé en centre d’art au bord de l’eau, perpétue cette reconversion.
Cette densité explique la rumeur sourde qui court dans la vallée: on y croise des étameurs, des affûteurs, des graveurs de lames. La tradition ne se visite pas, elle travaille encore.
Une ville à 51° de pente et des ruelles taillées pour les lames
Thiers ne se laisse pas parcourir facilement. La ville-haute conserve son centre médiéval, avec ses ruelles en pente, ses maisons à pans de bois et des hôtels particuliers comme le palais de Pirou ou la maison dite de l’Homme des Bois. Plus de la moitié des rues accusent une déclivité supérieure à 10°.
Trois d’entre elles concentrent l’essentiel: la rue Durolle à 23°, la rue des Rochers à 29°, et surtout la rue Patural-Puy qui culmine à 51° de pente, la plus raide de la ville. Gravir ces pavés en plein été donne une idée de l’énergie qu’il fallait pour hisser le minerai et le bois jusqu’aux forges.
Comment s’y rendre et quand y aller
Thiers se situe dans le Puy-de-Dôme, sur l’axe Bordeaux, Clermont, Lyon, dans le périmètre du parc naturel régional Livradois-Forez. La commune compte un peu plus de 11 000 habitants, appelés les Thiernois, et reste l’une des quatre sous-préfectures du département.
Depuis Clermont-Ferrand, comptez 37 km à vol d’oiseau, soit environ 45 minutes de voiture par la route. La ville se visite idéalement de mai à octobre. Chaque deuxième week-end de septembre, le pré des Archers accueille la foire au pré, rendez-vous coutelier majeur de l’année.
La chaîne des Puys se découpe au loin depuis l’esplanade du rempart, lorsque le ciel d’Auvergne se dégage.
Peut-on visiter un atelier de coutellerie à Thiers ?
Oui, plusieurs ateliers ouvrent leurs portes aux visiteurs dans la vallée des usines et en ville-haute. Le musée de la coutellerie propose également des démonstrations et explique les gestes du forgeage, du meulage et du montage.
La ville est-elle accessible sans voiture ?
Thiers dispose d’une gare sur la ligne Clermont, Lyon, ce qui permet de rejoindre la ville en train depuis Clermont-Ferrand. Une fois sur place, la ville-haute se parcourt à pied, mais les rues les plus pentues demandent de bonnes chaussures.
Pour qui c’est fait
Thiers convient aux curieux de patrimoine industriel, aux amateurs de savoir-faire manuels et aux familles qui veulent montrer aux enfants d’où vient la lame du couteau de cuisine. Les randonneurs apprécieront la proximité des monts du Forez et de la chaîne des Puys. Les gastronomes, eux, viendront pour la lame, et repartiront peut-être avec un pliant signé d’un maître artisan.