Au Finistère, des lacs de loisirs nés des anciennes carrières détain des années soixante

Des trous dans la terre, laissés par des pelleteuses dans les années soixante. L’eau a fini par gagner. Aujourd’hui, on y pose des planches de wakeboard et des structures gonflables pour les enfants.

Saint-Renan a transformé ses cicatrices en plages.

Capitale de l’étain, puis capitale des lacs de loisirs

Entre 1960 et 1975, la Comiren a extrait du minerai d’étain dans les sables alluvionnaires de la vallée de l’Aber-Ildut. Saint-Renan est devenu, dit-on, la capitale européenne de cette exploitation. Les pelleteuses ont creusé cinq grands trous : Ty Colo, Comiren, Pontavennec, Laverie, Poulinoc.

L’arrêt des travaux a laissé ces cuvettes à l’abandon. Des « verrues paysagères », écrit Wikipédia. L’eau des nappes a rempli les excavations.

Puis, lentement, la commune et les aménageurs ont réalisé : ces lacs artificiels, c’était un atout. Des sentiers, des plages, des pontons. Des pédalos l’été.

Du wakeboard sur certains bassins. Des structures gonflables qui flottent comme des châteaux de sable liquides.

Le lac de Ty Colo, le plus grand avec 13,5 hectares, concentre aujourd’hui l’essentiel des animations. La Fête des lacs s’y tient chaque année mi-juillet, sur trois jours. Le marché du mardi soir, lui, court de mi-juillet à mi-août dans le bourg.

13 panneaux pour comprendre ce que le minerai a fait de la ville

Le centre ancien de Saint-Renan garde des maisons en granit, des venelles, des lavoirs. Un parcours de 13 panneaux en lave émaillée traverse le bourg pour raconter cette double histoire : celle de saint Ronan, l’ermite irlandais du Ve siècle venu sur une auge de pierre, et celle de la Comiren, venue quinze siècles plus tard avec des pelleteuses.

Les deux époques se télescopent. L’église du centre, les maisons à pans de bois des XVe et XVIe siècles, le château de Pont-ar-C’hastell en ruines sur son îlot, tout cela cohabite avec les lignes de lotissements qui font de Saint-Renan une cité-dortoir de Brest. Les 8 577 habitants comptent beaucoup de migrants pendulaires.

Le bourg historique, lui, reste à l’écart, dans l’est du finage.

Peut-on se baigner dans les lacs ?

Les lacs sont aménagés pour la baignade et les sports nautiques en saison. Ty Colo dispose de plages et de pontons. La baignade est surveillée pendant les animations estivales.

Hors juillet-août, les lacs restent accessibles pour la promenade, mais les structures gonflables et le wakeboard sont limités aux horaires d’ouverture des bases.

Que reste-t-il de l’exploitation minière ?

Rien de visible, si ce n’est la forme même des lacs. Les pentes régulières des berges, les fonds profonds, les plages artificielles : tout cela vient de la géométrie des carrières. Aucun chevalement, aucune galerie.

La Comiren a tout démantelé. Ce qui subsiste, c’est le nom, Comiren, donné à l’un des lacs, comme une plaque commémorative noyée.

À 13 km de Brest, une escale de deux heures ou une journée

Depuis Brest, comptez 13 km par l’ouest, une quinzaine de minutes. La route traverse le pays d’Iroise, ce bout de Bretagne qui fait face à la mer du même nom. Saint-Renan se trouve au carrefour des routes vers le Conquet, Lanildut, Plouarzel.

Le rond-point de Ty Colo en est le nœud.

Le programme d’une journée : le parcours des 13 panneaux le matin, le marché le samedi (ou le mardi soir en été), l’après-midi au lac avec pique-nique. Pour les familles, le parc de loisirs La Récré des 3 Curés à Milizac, tout proche, est une alternative si les enfants veulent des manèges plutôt que des pédalos.

La meilleure fenêtre : juillet, quand la Fête des lacs anime Ty Colo et que les marchés nocturnes tiennent le bourg éveillé. Mai et juin conviennent aussi, plus calmes, pour les balades sans la foule des structures gonflables.

Les lacs de Saint-Renan ne ressemblent à aucun autre rivage breton. Pas de falaise, pas de granit battu par les vents. De l’eau plate, des berges régulières, une eau qui vient du sous-sol plutôt que de l’océan.

Des enfants qui courent sur des plages nées de pelleteuses. Le minerai d’étain a filé vers les usines. Les trous sont restés.

On s’y baigne.