À 30 min de Guingamp, ce bourg du Trégor aligne ses lavoirs comme aucune autre commune en France

À Pontrieux, l’eau du Trieux ne se regarde pas, elle se longe. Une cinquantaine de petits lavoirs de pierre s’alignent sur les deux rives, certains accrochés à mi-pente, d’autres posés au ras de la vase. Personne ne les compte vraiment.

Mais le visiteur les compte sans s’arrêter, et c’est peut-être ça qui surprend le plus: aucun bourg de cette taille n’en aligne autant. C’est pour cette raison qu’on l’appelle la « Petite Venise du Trégor », et c’est aussi la seule bonne raison de quitter la N12 un après-midi d’été.

La commune ne fait guère plus d'1 km². Un millier d’habitants y vit, dans une vallée encaissée entre deux morceaux de plateau. Le Trieux, fleuve côtier de 72 km qui prend sa source à Kerpert et se jette dans la Manche entre Lézardrieux et Ploubazlanec, y devient presque plat, presque immobile.

C’est là, dans ce calme, que les lavoirs ont poussé au fil des générations, comme des stations minuscules le long d’une rivière qui ne demandait rien à personne.

Une « Tour Eiffel » en colombages bleus, et 50 lavoirs qui n’ont pas bougé

Au cœur du bourg, une maison à pans de bois attire l'œil avant les autres. On la surnomme la « Tour Eiffel » pour ses colombages bleus et son aplomb vertical, et elle date de la fin du XVe siècle. Juste à côté, les ruelles descendent vers le port de plaisance de 173 places, dont 15 réservées aux visiteurs.

C’est là qu’on attend les barques, qu’on achète une crêpe, qu’on regarde l’eau sans décider encore si on part longer les lavoirs ou rester à regarder les autres y aller.

Parce que les lavoirs, à Pontrieux, ne sont pas un musée. D'avril-mai à septembre, on les parcourt en barque, de jour ou en version nocturne éclairée. La rivière glisse, les façades blanches se reflètent, et le village semble soudain plus grand qu’il ne l’est.

Quand les lavandières ont cessé, le village a recommencé

Jusqu’au XIXe siècle, Pontrieux a vécu de l’eau. C’était le port de Guingamp, le point de passage obligé pour franchir le Trieux en venant de l’intérieur des terres. On y échangeait des céréales, des toiles de lin, des chevaux.

Puis le chemin de fer est arrivé par la ligne Guingamp-Paimpol, le port a piqué du nez, et la bourgade est devenue ce qu’elle est aujourd’hui: une Petite Cité de Caractère classée Village fleuri 4 fleurs, où les lavoirs ne servent plus à laver, mais à faire venir les gens.

Le 15 août, ils servent même à faire la fête. La Fête des Lavoirs en est cette année à sa 34e édition, après la 33e de 2025: défilés folkloriques, danses bretonnes, concerts au bord de l’eau. C’est le jour où la commune joue à fond sa carte de Venise bretonne, et où les ruelles ne désemplissent pas avant la nuit.

Faut-il venir un jour précis pour voir les lavoirs ?

Non. Les lavoirs se voient toute l’année. Le spectacle le plus photogénique reste cependant les balades en barque, d'avril-mai à septembre, et la fête du 15 août si vous aimez l’ambiance.

Peut-on venir sans voiture ?

Oui. Pontrieux a sa gare TER sur la ligne Guingamp-Paimpol. C’est même l’une des rares manières d’arriver sans dépendre d’une voiture, le bourg étant à l’écart des grands axes (la N12 passe par Guingamp).

30 minutes de Guingamp, et un autre siècle

Pontrieux se situe à mi-chemin entre Guingamp et la mer, au fond de l’estuaire du Trieux, dans les Côtes-d’Armor. Comptez une petite demi-heure depuis Guingamp en voiture ou en train. Si vous prolongez, le château de la Roche-Jagu et son parc de 74 hectares surplombent la vallée du Trieux sur la commune voisine de Ploëzal.

C’est le complément logique d’une journée à Pontrieux: on longe les lavoirs le matin, on remonte vers le château l’après-midi, on rentre par la gare.

Pour qui hésite entre côte de granit rose et intérieur des terres, c’est une halte qui se glisse partout, et qui n’a rien d’un détour.

Ce matin, sur le Trieux, une barque passe sous le pont avec quatre touristes et un guide qui raconte l’histoire des lavandières. Personne ne parle fort. Le village, lui, fait exactement ce qu’il fait depuis des siècles: il regarde l’eau couler.