À 1h de Lyon, ce village de pierre dorée cache un donjon du XIIIe siècle dominant toute une vallée

La lumière de fin d’après-midi frappe les façades et le village entier s’enflamme en ocre. Une couleur qui n’est pas de la peinture, mais de la pierre elle-même, tirée des collines du Beaujolais. C’est à ce moment-là, depuis le sommet du donjon, que l’on comprend pourquoi les seigneurs du XIIIe siècle ont choisi cet éperon pour surveiller la vallée de l’Azergues.

520 mètres d’altitude : la pierre dorée qui a résisté aux siècles

Le village historique d’Oingt s’est accroché à une crête à 520 mètres d’altitude, dominant un paysage de vignes et de vallons. Le point culminant du territoire atteint 652 mètres sur une colline au nord-est, tandis que le ruisseau de Nizy descend jusqu’à 358 mètres en limite communale. Cette amplitude du relief, presque 300 mètres de dénivelé, a façonné à la fois la géographie et l’histoire du lieu.

Le sol est constitué de couches sédimentaires de l’ère secondaire. Le bourg repose sur une crête calcaire dont la roche ocre sert de matériau de construction depuis l’Antiquité. Les Romains, qui y avaient établi un castrum au Ier siècle, avaient déjà identifié cette pierre. Ils y avaient également introduit la vigne, culture qui définit encore aujourd’hui le Beaujolais.

1093, 1562, 1757 : trois dates qui ont failli effacer Oingt

La première mention écrite de la seigneurie d’Oingt remonte à 1093, dans le cartulaire de l’abbaye de Savigny. Un sieur Umfred d’Oingt et son fils Guichard en assurent alors la protection. Le château, intégré au Lyonnais en 1173, devient un poste stratégique de surveillance sur la vallée.

Au XIIIe siècle, Guichard III fait construire un château à motte. Le donjon que l’on peut encore gravir aujourd’hui date de cette époque. L’ancien logis seigneurial et la porte du Nizy en sont d’autres vestiges visibles dans le village. L’église actuelle, ancienne chapelle castrale, conserve des culots sculptés du chœur gothique que l’on a proposé d’identifier avec la famille du seigneur Guichard IV d’Oingt.

Le 26 juin 1757, la foudre s’abattit sur le clocher construit douze ans plus tôt par le curé. Six personnes trouvèrent la mort, deux cents furent terrassées dont quarante blessées. Seul le curé, selon la tradition locale, en fut épargné. Mais la destruction la plus totale survint en 1562, quand le baron des Adrets rasa le bourg, suivi d’une épidémie de peste qui décima les survivants.

1964 et 2004 : le village que les habitants ont choisi de sauver

En 1964, l’association des amis du vieux village d’Oingt (AVVO) est créée pour financer la restauration par le biais d’événements culturels. Le festival international d’orgues de Barbarie, qui se déroule depuis plus de trois décennies, en est le fruit. Depuis 2004, l’exposition Oingt en Crèches mobilise chaque décembre les habitants pour une nouvelle édition.

Le village a obtenu le label Les Plus Beaux Villages de France. Le programme de restauration a concerné la chapelle du château devenue église, la Maison commune du XVe siècle où sont aujourd’hui organisées des expositions, le pavage de la rue Trayne-Cul, l’aménagement du donjon ouvert au public, l’éclairage aux lanternes, la mairie et l’ancien lavoir.

Le donjon est-il accessible sans guide ?

Le donjon du XIIIe siècle a été aménagé et ouvert au public. On peut y monter pour dominer toute la région de la vallée d’Azergues, comme le faisaient les seigneurs d’antan. Aucune réservation n’est nécessaire pour visiter le village en lui-même, qui reste un lieu habité.

Combien de temps faut-il pour visiter Oingt ?

La promenade dans le village et la montée au donjon se complètent en une demi-journée. Le musée de l’orgue de Barbarie et de la musique mécanique mérite un détour si le festival n’est pas en cours. La Maison commune du XVe siècle accueille régulièrement des expositions.

Comment y aller depuis Lyon : 1 heure par la D120, pas de péage nécessaire

Oingt se situe dans le Beaujolais, au nord-ouest de Lyon, à l’ouest de Villefranche-sur-Saône. La route départementale D120 traverse le village du nord au sud, reliée à la D96 qui mène vers Theizé à l’ouest et Saint-Laurent-d’Oingt à l’est. Aucune autoroute n’est nécessaire pour atteindre le bourg.

Le village est accessible toute l’année. L’exposition Oingt en Crèches en décembre et le festival d’orgues de Barbarie constituent deux périodes fortes, mais la lumière sur les pierres dorées offre son spectacle à chaque saison. Le Beaujolais, avec ses vignobles, se visite naturellement en automne lors des vendanges.

Depuis le 1er janvier 2017, Oingt a fusionné avec Le Bois-d’Oingt et Saint-Laurent-d’Oingt pour former la commune nouvelle de Val d’Oingt, qui compte aujourd’hui 4 117 habitants sur 18,28 km². L’ancienne commune d’Oingt, 3,92 km², en comptait 661 en 2014 et 651 selon les données consolidées.

La pierre ocre garde la chaleur du soleil couchant. Du haut du donjon, la vallée de l’Azergues s’étire en vignes jusqu’à l’horizon. On distingue les toits du Bois-d’Oingt et de Saint-Laurent-d’Oingt, les deux villages voisins avec lesquels Oingt partage maintenant son destin administratif. La route de la D120 serpente entre les collines. Une lanterne s’allume dans une ruelle. Le village ne se visite pas : il se laisse surprendre, au détour d’un culot sculpté ou d’une pierre qui brille encore sous les doigts.