2 197 habitants, une falaise de tuf vieille de 400 m : le village provençal qui défie la gravité
La falaise domine le village comme une muraille oubliée. 80 mètres de tuf blanchâtre, 400 mètres de long, creusée de grottes où pendent des stalactites. En contrebas, les toits de tuile de Cotignac s’empilent en cascade. On habite ici sous une géologie vivante.
2 197 habitants sous une barre de pierre qui bouge encore
La commune compte 2 197 habitants au dernier recensement. Elle s’étire sur 44,26 km² à 230 mètres d’altitude, dans le nord du Var, aux portes du parc naturel régional du Verdon. Le village est labellisé Les Plus Beaux Villages de France.
La falaise n’est pas décor. Un glissement de terrain l’a rappelé en 1902. Le tuf, cette roche sédimentaire formée par précipitation du calcaire dans l’eau, continue de se déposer là où la Cassole s’écoulait autrefois du haut du rocher. La cascade de 10 mètres qui tombe aujourd’hui en contrebas porte le même nom.
1519 : l’apparition qui a fait marcher Louis XIV
Les 10 et 11 août 1519, un bûcheron du nom de Jean de la Baume déclare voir la Vierge Marie, l’Enfant-Jésus dans les bras, entourée de saint Bernard de Clairvaux et de l’Archange saint Michel. Le lieu devient sanctuaire. En 1660, Louis XIV s’y rend en pèlerinage, poussé par le vœu d'Anne d’Autriche.
Le culte perdure. Cotignac reste un lieu de pèlerinage pour les pères et mères de famille, les couples en espérance d’enfants. La chapelle Notre-Dame-de-Grâces trône sur le mont Verdaille, à proximité des remparts. Deux sanctuaires religieux coexistent dans la commune, animés par les frères de la Communauté Saint-Jean.
Peut-on visiter les grottes de la falaise ?
La salle des Merveilles, un aven de 50 mètres de profondeur et plus de 200 mètres de couloirs, offre une grande salle aux concrétions d’un blanc éclatant. Plus loin, le gouffre des Trompines précipite l’eau de la source Saint-Martin. L’accès aux cavités demande une organisation spécifique ; le village lui-même se visite librement.
1030 et le nom
Le nom Cotinacco est attesté dès 1030. Il viendrait du nom d’homme gallo-romain Cottinius, avec le suffixe celtique -acum. Le château existe dès 1033, propriété de Boniface de Castellane. Deux tours carrées subsistent au sommet du rocher, vestiges des premiers siècles de la féodalité.
La seigneurie passa aux comtes de Provence, puis à Raymond Bérenger V qui l’inféoda en 1232 à Guillaume de Rezza. Au XIVe siècle, Foulques de Pontevès, conseiller du roi Robert, en fut seigneur. L’histoire locale bute sur les crises de succession provencales, les ralliements, les révocations.
L’huile d’olive a longtemps porté l’économie. Aujourd’hui, l’artisanat reste actif. L’inventaire national recense 593 espèces sur le territoire communal.
2 600 heures de soleil et un climat qui pousse à l’errance
Le climat est méditerranéen franc. 2 600 heures d’ensoleillement par an. Une température annuelle moyenne de 13,3 °C sur la période 1971-2000. L’été est chaud et sec, l’air est très sec en toutes saisons, les vents forts fréquents.
Les records parlent d’une amplitude extrême : 42,5 °C le 28 juin 2019, −11 °C le 8 janvier 1985. Le cumul annuel de précipitations avoisine 852 mm, avec six jours de pluie en janvier contre deux en juillet.
Comment y aller et quand s’y rendre
Cotignac se situe à 17 km d’Aups et Barjols, 20 km de Brignoles, 37 km de Draguignan, 47 km de Riez. Les routes départementales D13 (depuis Carcès), D27 (depuis Salernes) et D50 (depuis Entrecasteaux) desservent la commune. Le réseau Mouv’enbus assure les transports en commun.
La saison est indifférente. Le climat méditerranéen permet la visite toute l’année. L’été offre la lumière blanche sur le tuf, l’hiver la solitude des grottes et le silence de la falaise. Le village se parcourt en une demi-journée ; la montée vers les tours et les points de vue sur la Provence Verte demande une heure supplémentaire.
Les quartiers portent des noms qui racontent le terrain : Les Ferrages (les fourrages), Le Pra de Pé (la prairie au pied de la montagne), Les Naïs (les mares), Le Marais (là où la Cassole stagnait). La toponymie reste en occitan provençal : Coutigna selon la norme mistralienne.
Les 2 197 habitants rentrent chez eux sous la barre de tuf. La roche se souvient de 1519, de 1660, de 1902.