À 10 km de Dunkerque, cette cité médiévale entourée de remparts a gardé son âme flamande intacte

Les remparts en pierre font le tour complet. 5,3 km de muraille où personne ne presse le pas. À 10 km de Dunkerque, Bergues vit à l’heure des canaux et des portes qui claquent sous le vent du nord.

1240 : la ville qui a choisi de rester petite

Les droits de ville datent de 1240. Depuis, Bergues n’a pas débordé. 3 525 habitants aujourd’hui, à peine plus qu’au Moyen Âge.

La commune tient dans 1,34 km², resserrée contre ses remparts comme une main fermée.

Vauban est passé par ici. Il a fait de la ville une place forte, capable d’inonder la plaine autour d’elle par ses écluses. Les marais du Blootland servaient de fossé naturel.

En 1573, en 1646, en 1793, on a ouvert les vannes. L’eau est montée, l’ennemi s’est arrêté. La technique fonctionnait encore quand d’autres fortifications devenaient décor.

Le centre n’a pas été rasé pour faire place. Pas de grand boulevard, pas de tour. On circule entre des façades de brique où le temps a patiné les joints, où les lucarnes regardent les canaux de travers.

Le canal de la Colme traverse encore la ville, silencieux, avec des maisons qui lui tournent le dos ou lui donnent leur entrée secondaire.

Le beffroi du XIIIe siècle, et pourquoi l’UNESCO l’a remarqué en 2005

2005. Le beffroi de Bergues entre au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pas comme monument isolé, mais comme l’un des beffrois du nord de la France et de Belgique qui portent ensemble ce label.

Le sien date du XIIIe siècle, il a brûlé, il a été reconstruit, il sonne encore.

On le voit de loin, au-dessus des toits plats et des cheminées. Il ne domine pas par la hauteur, mais par la régularité. Dans une ville sans gratte-ciel, sans clocher gothique élancé, il fait figure de repère.

Les habitants l’entendent sans y prêter attention. Les visiteurs le cherchent dès l’arrivée.

C’est ce beffroi qui donne à Bergues son statut international. Sans lui, la ville serait une curiosité régionale. Avec lui, elle figure sur des listes que des touristes étrangers consultent avant de décider.

Le chien, la brebis, et les remparts que personne ne taille à la tondeuse

Depuis 2023, Bergues porte le label « Territoire Engagé pour la Nature ». La méthode surprend : 70 brebis en itinérance, un berger, des chiens de race borders colie. Les animaux tondent les remparts et les douves à la place des machines.

La transhumance estivale part vers le 1er mars, la hivernale le 15 novembre. Les brebis suivent la pousse de l’herbe autour des fortifications boisées. Les chiens rassemblent le troupeau quand il s’éparpille sur les talus.

C’est une solution de gestion, mais aussi une scène : des moutons contre des remparts de Vauban, des colies qui courent sur des glacis conçus pour la guerre.

Le paradoxe tient debout. Les remparts sont à la fois patrimoine militaire et pâture. Les douves, à la fois fossé de défense et corridor biologique.

La ville a 73 % de terres artificialisées, mais 15 % de boisements et 8 % de milieux aquatiques, des chiffres élevés pour une commune de ce type. 396 espèces végétales recensées, dont certaines rares qui poussent sur les pierres des remparts où le mouton ne passe pas.

Le film, le mythe, et ce que les habitants en pensent vraiment

En 2008, Dany Boon a tourné ici. Bienvenue chez les Ch’tis a fait de Bergues un nom connu des Français qui ne la situaient pas sur une carte. Le film montre une ville du Nord où il pleut, où on parle fort, où les différences entre régions font rire puis s’effacent.

Les habitants ont vécu le tournage, les retours, les touristes qui arrivent en cherchant le décor. Certains y gagnent. D’autres trouvent que leur ville est réduite à une blague qu’ils n’ont pas écrite.

Le beffroi, les remparts, la Hanse, la laine, les inondations militaires : cette histoire-là intéresse moins que le sketch du film.

On peut comprendre les deux positions. Le film a fait venir des gens. Il a aussi fait oublier pourquoi la ville mérite qu’on vienne sans lui.

Accès et meilleure saison : quand partir, comment arriver

Depuis Lille, compter 58 km par l’autoroute A25. Depuis Dunkerque, 10 km suffisent. La gare SNCF est desservie par des TER Hauts-de-France qui relient Dunkerque, Arras, Hazebrouck, Lille-Flandres.

La véloroute des Flandres V364 passe par la ville, 89 km entre Armentières et Dunkerque, aménagée en 2021.

La ville se visite en toute saison. L’hiver, le vent du nord traverse les rues sans obstacle. L’été, les remparts offrent de l’ombre et des perspectives sur les polders.

Le printemps et l’automne sont les périodes où le contraste entre la pierre froide et la végétation des douves est le plus net.

Peut-on marcher sur les remparts ?

Oui, une partie des remparts est accessible à pied. Le circuit permet de faire le tour de la ville fortifiée, de voir les bastions et les portes de Vauban de l’intérieur. Les douves restent en contrebas, les canaux serpentent entre les murs et les maisons.

La ville est-elle payante ?

Non. Bergues est une ville habitée, pas un site muséalisé. On circule librement dans les rues, on monte aux remparts sans billet.

Le beffroi peut se visiter, mais la ville elle-même est ouverte.

Les remparts sont là depuis le XVIIe siècle. Les brebis depuis quelques années. Le beffroi depuis le XIIIe.

À 10 km de Dunkerque, 3 525 habitants continuent de vivre dedans, pas à côté. C’est cela qui fait la différence avec un décor de cinéma.