À 1 725 mètres, ce lac glaciaire reflète le plus haut sommet des Pyrénées françaises
Le sentier quitte le Pont d'Espagne dans un bruit de torrent. L'air sent la résine et la roche mouillée. En juin, les névés tiennent encore sur les crêtes du Vignemale. Le lac de Gaube se mérite : 1h45 de marche depuis le parking, ou télésiège plus 45 minutes à pied. Mais à 1 725 m d'altitude, dans le Parc national des Pyrénées, ce lac glaciaire offre quelque chose que peu de lacs français peuvent revendiquer : le reflet direct du plus haut sommet des Pyrénées françaises dans ses eaux encore froides de juin.
Le Pont d'Espagne : là où la montagne commence vraiment
Cauterets se trouve à 6 km en contrebas, Lourdes à 30 km. Depuis le parking du Pont d'Espagne à 1 496 m, deux chemins mènent au lac. Le télésiège de Gaube, ouvert de mai à septembre environ, coupe le dénivelé et dépose les randonneurs à mi-hauteur. Depuis la gare haute, 45 minutes suffisent.
À pied depuis le parking, le sentier longe des torrents gonflés par la fonte des neiges. Les premiers névés apparaissent vers 1 600 m. La végétation change : les hêtres cèdent au lichen et au granit nu. Le Parc national des Pyrénées, comme les alpages savoyards avant les grandes vacances, garde encore son calme en juin.
Un lac qui change de couleur avec la saison
Le bleu-vert de la fonte : une teinte qui disparaît en août
En juin, la fonte des neiges charge l'eau en fines particules glaciaires. Cette farine glaciaire donne au lac une teinte laiteuse, entre le turquoise et le vert pâle. La surface atteint environ 9 hectares. La profondeur maximale frôle les 28 m. L'eau reste froide : entre 8 et 12°C en surface ce mois-ci.
Cette couleur caractéristique disparaît en août, quand les apports de fonte diminuent et que l'eau se clarifie. Les randonneurs qui viennent en juillet-août voient un lac bleu profond, beau mais différent. Juin offre la version la plus brute, la plus minérale.
Le Vignemale en miroir : 3 298 mètres face à vous
Depuis la rive sud-ouest du lac, la paroi nord du Vignemale se réfléchit dans l'eau par temps calme. À 3 298 m, c'est le point culminant des Pyrénées françaises. Ce panorama n'existe nulle part ailleurs dans les Hautes-Pyrénées avec cette accessibilité.
Le comte Henry Russell, alpiniste pyrénéiste du XIXe siècle, avait fait creuser sept grottes dans la roche du Vignemale pour y bivouaquer. C'est cette même face qu'il contemplait depuis les hauteurs. Un guide local résume sobrement : "Les gens arrivent au lac et s'arrêtent. Ils ne s'attendaient pas à ça."
Ce qu'on fait au bord du lac en juin
Tour du lac, baignade courageuse, faune à observer
Le tour du lac se boucle en 45 minutes sur le sentier balisé GR10. La baignade est possible mais l'eau reste froide. Quelques randonneurs s'y plongent brièvement. La pêche à la truite est autorisée avec carte de pêche valide.
En juin, les marmottes sont actives près des berges. Les isards traversent les pentes rocheuses du Vignemale. Comme à La Grave sur son glacier non damé, cette haute montagne de juin appartient encore aux animaux autant qu'aux humeurs.
Le refuge du lac : une réouverture calme avant la saison
Un refuge-chalet tenu par le Club Alpin Français borde le lac. Il propose des repas chauds, des boissons et quelques places en dortoir. Ouvert de juin à septembre, il vient juste de rouvrir en ce début d'été. Pas encore de groupes scolaires, pas encore de files d'attente.
Depuis le lac, le refuge des Oulettes de Gaube se trouve à 1h30 de marche supplémentaire, à 2 151 m. C'est le point de départ habituel des ascensions vers le Vignemale pour les alpinistes équipés.
Juin au lac de Gaube : avant que le sentier devienne une autoroute
En juillet et août, le site attire des dizaines de milliers de randonneurs par saison. Le sentier depuis le Pont d'Espagne se sature les week-ends. Juin fonctionne comme pour le Galibier : une fenêtre courte où la montagne n'a pas encore basculé dans la haute saison.
Fin juin, les rhododendrons fleurissent en rose sur les pentes. Le Vignemale reste enneigé en toile de fond. Comme les Bagnérais gardent leurs thermes avant juillet, les randonneurs pyrénéens qui connaissent Gaube viennent ce mois-ci. Pas après. Les réservations pour l'été 2026 sur ce secteur s'accélèrent, mais la semaine reste encore accessible.
Vos questions sur le lac de Gaube, lac des Hautes-Pyrénées, répondues
Comment accéder au lac de Gaube et combien de temps faut-il ?
Depuis Cauterets, prendre la route du Pont d'Espagne sur 6 km. Parking payant sur place. Le télésiège de Gaube coûte environ 10 à 12 € aller-retour. Depuis la gare haute, comptez 45 minutes à pied. Depuis le parking à pied, 1h45 environ. Sentier GR10, bien balisé.
Peut-on se baigner dans le lac de Gaube en juin ?
La baignade est libre mais l'eau atteint seulement 8 à 12°C en surface en juin. Pas de surveillance. En août, selon les années, la surface peut monter à 15 ou 17°C. Aucune infrastructure de plage : c'est une rive de granit.
Lac de Gaube ou cirque de Gavarnie : que choisir ?
Gavarnie séduit pour sa cascade de 422 m et son cirque classé UNESCO. Gaube attire pour sa solitude, son altitude et son panorama sur le Vignemale. Les deux expériences ne se remplacent pas. Gavarnie est plus accessible en famille, Gaube plus minéral et physique.
En fin d'après-midi de juin, les derniers randonneurs redescendent. Le lac reprend son silence. L'eau reflète le Vignemale encore blanc. Une marmotte traverse le sentier sans se presser. Le froid monte des rives. On comprend pourquoi Russell ne voulait plus quitter ces hauteurs.