La Grave, le seul téléphérique de France qui monte encore sur un glacier non damé en juin
La benne part à 9h du matin. Huit passagers. Pas de musique, pas de panneau de pistes. Le téléphérique de la Girose monte en silence vers 3 200 m pendant que La Grave dort encore en contrebas, à 1 526 m d'altitude. En juin, il n'existe qu'un seul endroit en France où un téléphérique conduit vers un glacier entièrement non damé, sans balisage, sans filet. Ce lieu compte 500 habitants. Il s'appelle La Grave.
Au bout du seul téléphérique glaciaire de France encore ouvert en juin
La Meije culmine à 3 984 m et domine le village avec une présence presque intimidante. Le téléphérique de la Girose, seul axe de remontée du domaine, fonctionne en deux tronçons jusqu'au glacier. En juin, selon l'enneigement, il tourne encore pour une clientèle rare : skieurs de haute montagne, alpinistes en préparation de course, randonneurs glaciaires équipés de crampons.
L'arrivée au sommet impose le silence. La glace bleue. Aucune trace de damage. La vue frontale sur la Meije, à portée de regard, que peu de gens voient depuis cette hauteur. Les stations voisines ont rangé leurs dameuses depuis des semaines. Ici, la saison n'a pas de fin définie.
La Grave se trouve à 75 km de Grenoble par la RN91, à 55 km de Briançon. Ces distances comptent peu. Ce qui compte, c'est ce que les Alpes françaises en juin offrent ici que nulle part ailleurs.
Ce que La Grave refuse depuis toujours
Un domaine glaciaire sans piste damée, sans réseau balisé
La Grave n'est pas une station au sens classique. Pas de pistes tracées et répertoriées. Pas de front de neige commercial. Le domaine est composé d'un unique axe de montée et d'un vaste espace glaciaire laissé à lui-même. La presse ski internationale, de Powder Magazine au Guardian, cite régulièrement La Grave comme l'un des derniers "vrais" domaines d'Europe pour freeriders confirmés.
Ce choix, délibéré ou non, a produit quelque chose d'unique dans les Alpes françaises. Un guide de haute montagne qui accompagne des groupes depuis quinze ans sur la Girose le formule simplement : "Les gens qui viennent ici savent pourquoi. Les autres ne reviennent pas."
Le village en contrebas, intact
500 habitants. Une église romane. Quelques commerces de montagne. Pas de résidence de tourisme en béton, pas d'enseigne de location de ski industrielle. Le café ouvre à 7h. Comme certains lieux d'altitude à caractère unique, La Grave a conservé une échelle humaine que ses voisines ont perdu il y a longtemps.
Ce qu'on vient faire à La Grave en juin
Randonnée glaciaire, ski de printemps, alpinisme sur la Meije
Juin est la grande saison des courses d'alpinisme sur la Meije. La face nord compte parmi les itinéraires les plus techniques des Alpes françaises. Les randonneurs peuvent accéder au glacier de la Girose par le téléphérique pour des sorties en crampons encadrées par un guide de haute montagne. Les dernières neiges de haute altitude offrent encore quelques descentes à ski.
Le plateau d'Emparis, accessible depuis le col du Lautaret à quelques kilomètres, propose une randonnée sans matériel spécifique avec vue directe sur la Meije. C'est l'alternative pour ceux qui veulent la hauteur sans la glace.
Le jardin alpin du Lautaret et la table du village
Le jardin alpin du col du Lautaret, géré par l'Université Grenoble-Alpes, abrite environ 2 000 espèces végétales de montagne à 2 058 m d'altitude. En juin, la floraison commence. C'est l'un des jardins botaniques d'altitude les plus riches d'Europe. À La Grave : une cuisine de montagne directe, tartiflette, génépi local. Juin, dans le sud des Alpes, a ce goût-là.
Ce que juin change à La Grave
En hiver, des skieurs du monde entier convergent vers La Grave pour le hors-piste. En juillet et août, les randonneurs envahissent le Lautaret. Juin est l'entre-deux. Le mois où le village appartient encore aux alpinistes matinaux et aux voyageurs qui ont cherché. Serre-Chevalier, à 40 km par la RN91, accueille des centaines de pistes damées et des milliers de touristes en saison. Deux visions de la montagne. Deux échelles humaines sans commune mesure.
Les familles qui préparent leurs vacances 2026 réservent déjà les hébergements du Lautaret pour juillet. Ceux qui veulent la version calme choisissent juin. La différence est réelle.
Vos questions sur La Grave, Hautes-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France répondues
Quand le téléphérique de La Grave fonctionne-t-il en dehors de l'hiver ?
Le téléphérique de la Girose ouvre en général de décembre à avril pour le ski, puis fonctionne en été (juillet-août) pour les randonneurs. En juin, l'ouverture dépend de l'enneigement et des conditions. Il faut contacter l'exploitant directement avant le départ. Accès par la RN91 depuis Grenoble (75 km) ou Briançon (55 km).
Faut-il être alpiniste confirmé pour visiter La Grave ?
Non. La randonnée sur le plateau d'Emparis et la visite du jardin alpin du Lautaret sont accessibles sans expérience technique. Le glacier de la Girose et les courses sur la Meije exigent en revanche un encadrement par un guide de haute montagne diplômé.
La Grave est-elle comparable à Chamonix ?
L'ambiance est inverse. Chamonix est une ville-station internationale avec une infrastructure hôtelière dense et 10 000 habitants permanents. La Grave est un village de 500 habitants sans piste damée. Même univers alpin, deux expériences sans rapport réel.
Une benne descend à vide vers 18h. La Meije prend la lumière rasante de juin. Sur la terrasse du café, un guide range ses crampons dans un sac kaki. Demain, il repart. La Grave reste.