À 50 km au sud de Tarbes, ce col de 2115 m cache 18,3 km de montée à 7,7% depuis 1910

2115 mètres. 18,3 kilomètres à 7,7 %. Le chiffre suffit à dresser les poils sur les bras. Depuis 1910, le Tour de France y passe plus d’une année sur deux. Et pourtant, la moitié des visiteurs du col du Tourmalet ne montent pas à vélo.

86 fois dans l’histoire du Tour : le col que les organisateurs ne peuvent plus ignorer

Le col du Tourmalet a été franchi 86 fois par le Tour de France, tous massifs montagneux confondus. C’est le record absolu. La première remonte au 21 juillet 1910, lors de l’étape Luchon-Bayonne de 325 km. Octave Lapize passa en tête et lança aux organisateurs une phrase restée célèbre : « vous êtes des assassins ! »

En 1913, Eugène Christophe brisa sa fourche en haut de la descente et marcha 14 kilomètres jusqu’à Sainte-Marie-de-Campan pour la réparer lui-même dans une forge. Le panneau commémoratif est toujours là. En 2010, pour le centenaire des Pyrénées dans le Tour, le col fut gravi à deux reprises dont une arrivée au sommet. En 2019, Thibaut Pinot y gagna devant Julian Alaphilippe. En 2023, Jonas Vingegaard s’y imposa sur la Vuelta, et Demi Vollering sur le Tour de France Femmes.

Au sommet, une stèle rend hommage à Jacques Goddet, ancien directeur de la course. Une sculpture de coureur nu en danseuse, Le Géant, trône une partie de l’année. Le cyclisme a fait le mythe. Mais le mythe dépasse le cyclisme.

La montagne lointaine : ce que le gascon disait avant les guides

L’étymologie officielle des brochures, « mauvais détour », est une invention tardive. En gascon bigourdan, tour-mal-et signifie « la montagne lointaine ». Le préfixe tour indique une distance. La racine mal(h) désigne le flanc de montagne, comme dans Vignemale ou Maladeta. Les guides du XIXe siècle ont réinterprété le nom après les mésaventures des premiers touristes.

Avant eux, le col servait depuis longtemps. En 1088, Béatrix Ire de Bigorre le franchit pour percevoir des impôts à Barèges. En 1675, Madame de Maintenon et le duc du Maine enfant le traversèrent pour les thermes. Le chemin fut amélioré en 1688, la route construite en 1730. La route thermale moderne, financée par Napoléon III en 1859, fut inaugurée le 30 août 1864 au col même.

Le pic du Midi de Bigorre domine au nord à 2877 m. Le pic d’Espade au sud culmine à 2467 m. Le col relie les vallées de l’Adour à l’est et du gave de Pau à l’ouest. Il est creusé dans des schistes du Paléozoïque, marqué par les coulées de solifluxion des âges froids.

18,3 km à 7,7 % : le versant ouest et ses alternatives

Par l’ouest, l’ascension part de Luz-Saint-Sauveur (711 m) pour 18,3 km à 7,7 %. Des lignes droites jusqu’à Barèges, puis une pente à 9 % sur un kilomètre à la sortie. Entre Barèges et le kilomètre 16, la route serpente dans les pâturages. Le pic du Midi de Bigorre apparaît à 5 km du sommet. Les kilomètres 14 à 17 tiennent à 8 %. Le dernier kilomètre monte à 10 %.

Par l’est, depuis Sainte-Marie-de-Campan (851 m), le profil affiche 17 km à 7,4 % de moyenne. Les quatre premiers kilomètres sont faciles. À partir de Gripp, il reste 12,5 km à 8,7 %. Les paravalanches avant La Mongie imposent des passages à 10 %, puis 11 % dans la station. Les épingles finales, dans les pâturages, demandent des relances franches. Ce versant est plus dur malgré la moyenne inférieure.

Depuis 2011, un nouveau tracé plus large part de Super Barèges. L’ancien itinéraire, par le pont de Gaubie, est réservé aux cyclistes sous le nom de voie Laurent Fignon.

Le col est-il accessible en voiture ou uniquement à vélo ?

La route est ouverte à la circulation en été. Elle est généralement fermée début décembre et rouverte début juin. Les automobilistes partagent la chaussée avec les cyclistes, qui sont légion en juillet et août.

Combien de temps faut-il pour monter à vélo ?

Les temps varient considérablement selon le niveau. La régularité du pourcentage, surtout versant ouest, permet de trouver son rythme. Le versant est, avec ses relances brutales, punit davantage les variations d’allure.

Comment y aller et quand : la fenêtre qui évite les deux extrêmes

Le col du Tourmalet se situe à 50 km au sud de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Il relie Bagnères-de-Bigorre, Campan et La Mongie à l’est à Luz-Saint-Sauveur et Barèges à l’ouest. En voiture depuis Tarbes, compter une heure.

La meilleure saison pour le cyclisme et la randonnée court de juin à septembre. Juin offre les routes les plus calmes avant l’afflux estival. Juillet et août garantissent le déneigement complet mais multiplient les cyclistes par dix. Septembre, avec ses lumières basses, est le mois des habitués.

En hiver, le col est le point de jonction entre La Mongie et Barèges. Le domaine skiable du Tourmalet constitue le plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises. Les remontées mécaniques grignotent la même montagne que les pédalages d’été.

La durée de visite, sans vélo, dépend de l’arrêt au sommet, des photos et de la lecture des plaques. Avec une ascension cycliste, prévoir la journée.

En juin, la route est propre, les pâturages verts, le pic du Midi de Bigorre encore enneigé au-dessus. Les moutons traversent parfois la chaussée avant La Mongie. Le silence, à 2115 mètres, porte loin.