Une station balnéaire des années 1970 abandonnée au milieu des dunes

Sur la côte ouest du Cotentin, entre deux dunes, un alignement de murs jamais terminés regarde la mer depuis le début des années 1970. On dirait le décor d’un film arrêté au milieu d’une scène. Derrière la haute palissade, les façades en blanc cassé, les balcons vides, les fenêtres murées.

Tout est figé.

En contrebas, six kilomètres de sable blond. La mer monte, les bulotiers rentrent au port, les enfants se baignent dans une retenue d’eau creusée à même la plage. Personne ne regarde plus les fantômes d’Aquatour, à part quelques promeneurs un dimanche de grande marée.

Le village fantôme d’Aquatour, ouvert de 1992 à 2016

L’histoire commence dans les années 1970. Un programme immobilier de bord de mer est lancé sur le cordon dunaire, à Pirou-Plage, dans la Manche. Les travaux s’interrompent.

Des dizaines de logements restent à l’état de coquilles vides pendant des décennies, à quelques centaines de mètres seulement de la plage surveillée.

De 1992 à 2016, le site ouvre au public sous le nom d’Aquatour, « village fantôme » devenu, au fil des années, un lieu de promenade et un terrain d’expression pour les grapheurs. Portes fermées en 2016, la palissade tient toujours, et la silhouette des façades n’a pas bougé. On vient y chercher le même frisson qu’ailleurs, mais au bord de la Manche.

Une station balnéaire redevenue familiale, sans barres ni béton

En quelques pas, on quitte l’étrangeté pour la simplicité d’une petite station normande. Pas d’immeubles ici, seulement un front de mer bas, des glaciers, quelques restaurants face à la mer, et trois plages.

Le centre de Pirou-Plage garde un air de station d’autrefois, à l’échelle des familles. La cale Louis-Robert sert d’accès principal, la digue-promenade permet de longer le rivage jusqu’à la mer, et un bassin d’eau de mer permet de se baigner même à marée basse. En juillet-août, la SNSM surveille la plage devant la cale.

La côte ouest reste l’une des plus venteuses de Normandie, ce qui en fait aussi le terrain de jeu du char à voile, du kitesurf et de la planche à voile.

La « capitale du bulot » et le plus vieux château fort de Normandie

À l’intérieur des terres, le village de Pirou vit au rythme d’un coquillage. Chaque année, le dernier week-end d’avril, la foire aux bulots attire les curieux: le bulot de Normandie est protégé par une indication géographique protégée (IGP) reconnue en 2000, et Pirou en a fait son emblème.

À quelques kilomètres de la plage, le château de Pirou, bâti au XIIᵉ siècle, est considéré comme un des plus anciens châteaux forts encore visibles en Normandie. On peut y entrer pour quelques heures de visite, avant de revenir vers la côte par l’église Saint-Martin du XIIIᵉ siècle et sa statue de Saint-Marcouf du XVᵉ, les restes d’un moulin du XVIᵉ et le moulin de la Tortue.

Comment y aller et quand y aller

Pirou-Plage se rejoint par les routes locales du Cotentin, à environ 25 à 30 km de Coutances, à l’ouest du département de la Manche. L’accès principal reste la cale de mise à l’eau Louis-Robert, accessible aux personnes à mobilité réduite par la digue-promenade.

Le stationnement ne pose pas de problème: plusieurs parkings gratuits entourent la plage. Une aire de camping-car gratuite, ouverte toute l’année, se trouve Chemin des Matelots, à environ 600 m du sable, avec services payants via borne ou au camping municipal Le Clos Marin à proximité. Pour la baignade, mieux vaut viser juillet-août, période de surveillance.

Hors saison, la foire aux bulots du dernier week-end d’avril reste l’autre rendez-vous à ne pas manquer.

Peut-on se baigner à Pirou-Plage hors saison ?

Oui, mais sans surveillance. Hors juillet-août, la SNSM ne tient pas la plage. Le bassin d’eau de mer du centre, lui, reste accessible à marée basse, ce qui permet un bain calme en famille.

Les chiens sont-ils acceptés sur la plage ?

Oui, les chiens tenus en laisse sont autorisés sur la plage de Pirou-Plage toute l’année.

Entre deux dunes, six kilomètres de sable blond, un château du XIIᵉ siècle encore debout, et une rangée de maisons qui n’ont jamais vu personne emménager: Pirou-Plage se mérite. Ceux qui s’y arrêtent en couple ou en famille y trouvent, l’été, l’une des plus longues plages surveillées de la côte ouest du Cotentin.