Une simple dune le sépare de l’Atlantique, et pourtant ce lac landais n’a rien de salé

La lumière du matin passe entre les pins, glisse jusqu’à la rive, et pose sur l’eau une couleur qui n’a rien de marine. Vous entendez l’Atlantique derrière la dune, ce grondement sourd qui ne s’arrête jamais. Puis vous entrez dans l’eau, et elle ne pique pas.

Pas de sel sur la peau, pas de sable qui colle. Une immense étendue douce, à quelques centaines de mètres d’un océan qu’on entend sans le voir.

La dune tient l’océan à distance, et l’eau reste douce

C’est tout le paradoxe de l’étang de Biscarrosse et de Parentis. L’océan est là, tout près, mais le cordon dunaire fait barrage. Aucune eau salée ne franchit ce mur de sable et de pins.

Le plan d’eau appartient à la chaîne des étangs côtiers du Born et du Buch, ces grandes nappes coincées entre la forêt landaise et le rivage.

Et sous la surface, ce n’est pas une flaque d’arrière-plage. Le fond descend jusqu’à 22 mètres environ à son point le plus creux, avec une moyenne autour de 6,7 mètres. De quoi donner à cette eau douce des bleus profonds quand le ciel s’y met, et des verts sombres au ras des rives boisées.

Troisième maillon d’une chaîne qui descend vers le sud

Le lac ne vit pas seul. Il arrive en troisième position dans la succession des étangs landais, après le grand lac de Cazaux et de Sanguinet, puis le petit étang de Biscarrosse. L’eau lui parvient par le canal du Littoral des Landes et par des ruisseaux locaux que l’on appelle ici des crastes.

Elle repart ensuite vers le sud, par le courant de Sainte-Eulalie.

Ce système, vieux comme la formation du littoral, explique la douceur de l’eau. Rien ne descend de l’océan vers l’étang. Tout circule d’un plan d’eau à l’autre, du nord vers le sud, à l’abri du sable.

Quatre communes autour d’une même eau: Biscarrosse, Parentis, Gastes, Sainte-Eulalie

Les rives changent de visage selon l’endroit où vous vous arrêtez. Ici, des pins jusqu’au bord, une odeur de résine chauffée qui tient toute la journée. Là, une plage aménagée, des pontons, le clapot qui tape doucement contre les coques.

Ailleurs, du marais, une eau immobile où plus personne ne passe.

La plage de Parentis-en-Born figure parmi les accès les plus fréquentés. Le reste du tour alterne forêt, secteurs aménagés et zones humides arrière-dunaires, protégées pour ce qu’elles abritent. J’aime cette bascule permanente entre le très fréquenté et le presque désert, sur un même plan d’eau.

Peut-on s’y baigner ?

Oui, c’est l’un des usages majeurs du lac, avec des plages ouvertes sur plusieurs communes riveraines. L’été reste la saison de la baignade et des activités nautiques: canoë, paddle, voile, planche à voile, pédalo. L’eau douce, sans sel ni courant d’océan, change complètement l’expérience.

Et si on ne vient pas pour se baigner ?

Le printemps et le début d’automne conviennent mieux. C’est la période de la pêche et des rives boisées, quand la lumière descend plus bas entre les pins et que les plages retrouvent leur calme. Le lac ne se referme pas hors saison, il change simplement de public.

Comment y aller et quand

Comptez environ 80 km depuis Bordeaux, en direction du sud-ouest, jusqu’à ce coin des Landes en Nouvelle-Aquitaine. Le lac s’étend entre Biscarrosse, Parentis-en-Born, Gastes et Sainte-Eulalie-en-Born, ce qui laisse le choix du point d’entrée selon ce que vous cherchez: plage animée, ponton, ou rive forestière.

Pour la baignade et le nautisme, visez l’été. Pour la pêche et les promenades le long des rives, préférez le printemps ou le début d’automne. Un conseil: choisissez votre commune d’accès avant de partir, car passer d’une rive à l’autre demande de contourner un très grand plan d’eau.

Le lac que les vacanciers traversent sans le regarder

Beaucoup de monde file droit vers les plages océanes et ignore ce qui se trouve juste derrière la dune. Erreur. L’océan landais est magnifique et souvent brutal.

L’étang, lui, offre une eau sans sel, plus calme, où un enfant peut patauger sans se faire renverser.

C’est un lac pour ceux qui veulent la forêt et l’eau en même temps. Pour les familles qui alternent une matinée de vagues et une après-midi de pédalo. Pour les pêcheurs qui préfèrent les rives d’avril aux plages d’août.

Le soir, la lumière traverse les pins et tombe à plat sur l’eau douce. Derrière, à quelques centaines de mètres, l’Atlantique continue de cogner contre le sable. Vous l’entendez.

Vous ne le voyez pas. Deux mondes séparés par une dune.