Un pont du Diable, un donjon devenu clocher : ce village de l’Hérault vit loin des foules

Il y a des villages qu’on rejoint par hasard, au détour d’une route qui serpente entre les vignes et la montagne. Olargues fait partie de ceux-là. On aperçoit d’abord le clocher au-dessus des toits de lauzes, puis les pierres blondes qui descendent vers la rivière, et tout de suite le décor impose un calme que les stations du littoral ont oublié depuis longtemps.

Ici, à l’ouest de l’Hérault, la foule s’arrête plus bas dans la vallée. Le village médiéval vit à son rythme, entre le Jaur qui murmure sous un vieux pont de pierre et les contreforts des monts de l’Espinouse. Et il a de quoi raconter: un donjon du XIIe siècle reconverti en clocher, un Pont du Diable, une citadelle que Richelieu a voulu rayer de la carte.

Un socle rocheux presque encerclé par le Jaur, à 6 km de sa rencontre avec l’Orb

Olargues n’est pas posé au bord de la rivière: il est enfermé dedans. Le village s’est construit sur un socle rocheux, un « puòg » comme on dit en occitan, que les eaux du Jaur entourent presque entièrement. Cette colline de pierre donne d’ailleurs son nom à tout un quartier.

Le méandre est si serré qu’on passe vite de la rive aux premières maisons. La vallée est étroite, encaissée, et le village se trouve à 6 km en amont du point où le Jaur rejoint l’Orb. C’est cette géographie qui a tout décidé: un promontoire facile à défendre, une rivière qui fait office de douve naturelle.

Le résultat saute aux yeux dès le Pont du Diable. Vous traversez le Jaur sur cet ouvrage de pierre médiéval, vous levez la tête, et le village entier se déploie au-dessus de vous. Mon conseil: traversez à pied, lentement.

La montée vers la vieille cité mérite d’être prise à ce rythme-là.

1210, Simon de Montfort aux portes: le donjon a survécu à tout

Le château fort a été bâti au XIIe siècle, et les fortifications de la cité ont suivi au XIIIe. Elles ont été mises à l’épreuve très tôt: en 1210, pendant la croisade contre les Albigeois, Olargues a été assiégé par Simon de Montfort. Le village a tenu.

La pierre aussi.

Des guerres de religion aux pillages, la citadelle a encaissé des siècles de tourmente, jusqu’à ce que le cardinal de Richelieu décide de la faire démolir en 1629. Les troupes de Louis XIII s’en chargèrent. Il reste pourtant l’essentiel: le donjon carré du XIIe siècle, devenu le clocher de l’église Saint-Laurent, reconstruite au XVIIe siècle dans le village.

C’est le détail qui me plaît le plus ici. Une tour de guerre transformée en clocher, comme si le village avait fait la paix avec son propre passé sans jamais l’effacer. En contrebas, des fouilles menées avec le ministère de la Culture ont mis au jour des vestiges de l’ancienne église et de l’habitat féodal, en cours de valorisation.

Peut-on rejoindre Olargues à vélo depuis Bédarieux ?

Oui, et c’est même une belle idée. L’ancienne voie ferrée qui desservait la vallée a été désaffectée puis réaménagée en piste cyclable par le conseil général. Le parcours suit la rivière à travers la vallée du Jaur, loin de la circulation de la départementale.

Prévoyez de bonnes jambes quand même: la montée finale vers le vieux village grimpe.

50 km de Béziers, 488 habitants et presque pas de foule

Olargues compte 488 habitants aux derniers comptages de l’Insee, et pourtant le village figure au label des Plus Beaux Villages de France. Le contraste est saisissant: un patrimoine de premier plan, une population de village de campagne, et des ruelles qui restent tranquilles même en plein mois d’août.

Pour y venir, comptez 50 km de route depuis Béziers par les départementales. Le village se trouve sur la D908, entre Bédarieux et Saint-Pons-de-Thomières, en plein cœur du parc naturel régional du Haut-Languedoc. La région profite d’environ 2 600 heures d’ensoleillement par an, avec des étés chauds et secs.

La meilleure période court du printemps à l’été. Au mois de mai, les collines sont encore vertes et la lumière déjà méditerranéenne; en juillet-août, venez tôt le matin ou en fin de journée, quand les ruelles de pierre rendent la fraîcheur accumulée dans la nuit. Comptez une demi-journée pour le village, davantage si vous prolongez vers les gorges environnantes.

Olargues est fait pour ceux qui préfèrent une place ombragée à une plage bondée, un pont médiéval à un parking de supermarché. Vous traversez le Jaur, vous grimpez vers le donjon, et la vallée s’ouvre derrière vous. Huit siècles vous regardent passer.

Eux ne bougent pas.