Sur la route de Compostelle, ce village fortifié du Béarn ouvre ses remparts aux marcheurs
Le gave d’Oloron passe au pied des murs, vert et rapide, dans une lumière qui adoucit la pierre. Au-dessus, les remparts tiennent encore le bourg dans leur étau. On y entre à pied, par une porte, comme on entrait il y a cinq siècles, et le bruit du monde s’arrête net derrière l’épaisseur des murailles.
Les marcheurs de Compostelle le savent: ici, la halte se mérite et se savoure. À Navarrenx, on dort littéralement à l’intérieur d’une place forte.
Un roi de Navarre a fait bâtir ces murs au XVIe siècle
Les fortifications ne doivent rien au hasard ni à une lente accumulation médiévale. C’est Henri d’Albret, roi de Navarre, qui ordonna leur construction au XVIe siècle. Une ville frontière, dès l’origine, plantée là pour surveiller le passage.
Le résultat se lit encore d’un coup d'œil. Les remparts dessinent un périmètre net, et à l’intérieur, le quartier porte simplement le nom de Bourg. Au-delà de l’Esplanade s’étend le Faubourg, ce qui restait dehors.
Vous marchez dans une géographie de défense, pas dans un décor reconstitué.
1078, puis 1188: deux dates qui ont fait la ville
Bien avant les murs, il y a une charte. Vers 1078, un accord entre Centulle V de Béarn et le vicomte de Soule mentionne le nom de la commune pour la première fois par écrit. On y règle les torts faits aux Béarnais, par serment, par amende, ou par duel.
Le texte précise que le combat se tiendra sur la rive du côté de Navarrenx, pas sur celle de la Soule. L’endroit s’appelle toujours le camp batalhè.
Un siècle plus tard, la ville change d’échelle. En 1188, un pont de pierre franchit le gave et un marché s’installe. Pont plus marché: c’est ainsi que naissait une vraie ville, dans le Béarn du XIIe siècle.
Le reste a suivi.
Peut-on visiter les remparts librement ?
Le bourg intra-muros se parcourt à pied, sans billet ni horaire, et c’est la meilleure façon de le comprendre. Comptez une déambulation tranquille entre les façades anciennes, puis descendez vers le gave pour voir la ville depuis l’eau. Pour les horaires d’éventuelles visites guidées, la commune reste l’interlocuteur à jour.
Le saumon, l’autre habitant de Navarrenx
Le gave d’Oloron ne traverse pas seulement le paysage, il fait vivre la ville. Navarrenx est un centre de pêche au saumon, avec le pool Masseys et sa passe à poisson, ce couloir aménagé qui permet aux saumons de remonter la rivière. Une fête du saumon rythme l’année.
Il faut imaginer la scène: l’eau puissante d’un gave né de la rencontre du gave d’Aspe et du gave d’Ossau, et des poissons qui remontent obstinément vers l’amont. La rivière est classée site Natura 2000, protégée pour ses saumons et ses écrevisses à pattes blanches. Ce n’est pas un décor.
C’est un couloir vivant.
1 042 habitants, et un label qui change tout
La commune compte 1 042 habitants selon l’INSEE. Un bourg rural, à l’échelle d’un village où l’on croise les mêmes visages deux fois dans la matinée. Mais Navarrenx figure parmi Les Plus Beaux Villages de France, et c’est ce qui attire les regards au-delà du Béarn.
Le paradoxe m’a frappée: cette ville minuscule est pourtant la ville-centre de son bassin de vie, hors attraction des grandes villes. Elle ne dépend de personne. Elle a gardé son rôle de point d’ancrage, exactement comme au temps où l’on venait y tenir marché.
À 41 km de Pau: comment venir et quand
Navarrenx se trouve dans les Pyrénées-Atlantiques, en Béarn, sur le gave d’Oloron. Comptez 41 km de route depuis Pau, 22 km depuis Oloron-Sainte-Marie et 15 km depuis Mourenx. La commune est une base de randonnée pédestre et VTT, avec de nombreux circuits balisés au départ du bourg.
La bonne fenêtre va du printemps à l’automne. Le climat est tempéré, l’été frais, et il pleut en toutes saisons: prévoyez une veste même en août. Cette pluie explique aussi le vert intense des prairies autour, et le débit d’un gave qui ne s’assèche pas.
Faut-il être pèlerin pour y dormir ?
Non. Navarrenx est une étape du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, mais le bourg accueille tous les visiteurs. Les marcheurs arrivent souvent en fin d’après-midi, sac au dos, et l’on reconnaît alors une petite animation particulière dans les rues du Bourg.
Le soir, la pierre garde la chaleur du jour. En bas, le gave continue son travail, indifférent aux siècles. Neuf cents ans après cette charte de 1078, on franchit toujours le même passage pour entrer dans la ville.
Certains poussent jusqu’en Espagne. D’autres s’arrêtent là.