Pourquoi Le Jour le plus long a-t-il filmé son débarquement sur une plage corse ?

Le sable blanc file jusqu’à l’eau claire, derrière une lisière de dunes et de pins. À Saleccia, le regard cherche d’abord la Corse, puis quelque chose d’étrange affleure dans ce décor ouvert sur la mer.

Cette plage de Haute-Corse a pourtant prêté son horizon à une tout autre côte française. En 1961, les équipes du Jour le plus long y ont filmé les séquences du débarquement allié censées se dérouler en Normandie.

En 1961, Saleccia a remplacé la Normandie devant les caméras

Le choix venait d’un problème très concret: lors des repérages de 1960, les Américains jugeaient les côtes normandes trop défigurées par les résidences secondaires pour filmer le débarquement. Saleccia offrait alors une longue ligne de sable sans construction dans le champ.

La plage s’étire sur 1 200 mètres, près de la Punta di Curza. Cette largeur de paysage explique l’illusion: devant la mer, les dunes et la forêt de pins, l’image pouvait basculer vers la Normandie sans montrer la Corse.

La sixième flotte américaine, alors présente en Corse pour des exercices amphibies, a participé au tournage. Le bâtiment français de débarquement de chars Argens était aussi mobilisé. Le décor garde aujourd’hui cette part de cinéma sans panneau tapageur ni mise en scène ajoutée.

Vous pouvez venir pour la plage et garder ce détail en tête. C’est précisément ce qui rend Saleccia plus troublante qu’une simple halte de baignade: le même sable a porté une fiction de guerre à très grande échelle.

Juillet 1943, quand le Casabianca apportait des armes à Saleccia

Bien avant les caméras, cette rive avait déjà joué un rôle pendant la guerre. En juillet et août 1943, le sous-marin Casabianca y a livré 13 tonnes d’armes à la Résistance, réceptionnées par Dominique Vincetti et son groupe.

Le contraste est saisissant, mais il tient aux faits. Une plage aujourd’hui associée aux reflets clairs et aux arrivées par la mer fut aussi un point de rendez-vous discret, dans un paysage difficile d’accès.

Cette histoire change la façon de regarder le rivage. Les dunes à genévrier séparent la plage d’une forêt de pins, tandis que le marais de Padulella occupe son côté ouest. Rien, sur place, ne transforme ce passé en décor de musée.

Je préfère cette Saleccia-là, moins lisse que l’image de carte postale. Le cinéma et la Résistance y ont trouvé un espace dégagé, loin des routes ordinaires, et cette distance se ressent encore quand la plage apparaît.

Les 12 km depuis Casta font partie de l’arrivée à Saleccia

Saleccia se trouve sur la commune de Santo-Pietro-di-Tenda, dans le désert des Agriates, près de Saint-Florent. Depuis Casta, une piste de 12 km permet de l’atteindre, mais son état défoncé impose de ne pas traiter le trajet comme une formalité.

Vous pouvez aussi arriver par bateau depuis Saint-Florent ou rejoindre la plage à pied par le sentier du littoral. L’approche compte autant que le rivage: elle laisse le temps de voir disparaître les repères habituels avant l’ouverture du sable.

Un camping se trouve à 300 mètres de la mer, avec restauration, bar et épicerie. Il n’y a pas de route goudronnée ni de parking classique au bord de l’eau. Prévoyez donc votre eau, de l’ombre et du temps.

Peut-on rejoindre Saleccia sans emprunter la piste ?

Oui. La plage est accessible par bateau au départ de Saint-Florent, ou à pied par le sentier du littoral depuis cette même ville. La marche peut demander environ cinq heures et demie selon l’itinéraire choisi, tandis que le trajet en bateau dure environ vingt minutes.

Au bout de la plage, le Liscu rejoint la mer. Le soir, la ligne blanche du sable s’efface peu à peu dans la lumière, et l’on comprend pourquoi une équipe de cinéma y a vu une autre France.