Plus petit que certains châteaux : ce village Gironde tient dans un mouchoir de poche

Au milieu des vignes de l’Entre-deux-Mers, il faut quitter la D21, longer un vallon étroit, puis lever les yeux. Le village apparaît d’un coup, serré sur son éperon rocheux, accroché à la pente comme s’il avait glissé là par accident. Trois hectares et demi de ruelles pavées, de remparts, de maisons en pierre.

C’est tout. Et c’est déjà immense.

Castelmoron-d’Albret, en Gironde, tient dans un mouchoir de poche. À peine plus grand que la place Charles-de-Gaulle à Paris, ce village médiéval est officiellement la commune la moins étendue de France. Vous en faites le tour en quelques minutes.

Vous y revenez pour le silence.

970 mètres de tour, 50 habitants: le village qui tient dans une main

Le périmètre entier du bourg ne dépasse pas 970 mètres. De la porte du Moulin aux vestiges des remparts, on boucle la boucle en moins d’une heure, à pied, sans se presser. En 2023, l’Insee recensait 50 habitants sur la commune.

Pour une superficie aussi riquiqui, cela donne une densité officielle de 1 275 habitants au km², supérieure à celle de Langon, la sous-préfecture voisine.

Sur place, rien de cette densité théorique. Pas de voiture, pas de cohue. Les ruelles pavées montent et descendent entre des façades anciennes, des impostes en fer forgé, des galeries en bois qui surplombent le vide.

On croise un chat, un habitant, un passant qui lève la tête. Le reste du temps, c’est vous, la pierre et le ciel.

1324, l’année où les Albret ont posé leurs valises

Le nom de Castelmoron-d’Albret cache une double histoire. Le premier élément vient du latin: castellum, le château, et moronis, sombre. Peut-être en référence à l’ancien oppidum où les Maures se seraient installés vers 700.

Le second, Albret, a été ajouté officiellement en 1957 pour ne pas confondre le village avec son homonyme de Lot-et-Garonne.

Tout commence vraiment en 1324, quand Mathe d’Albret, épouse du seigneur local Élie Rudel de Bergerac, récupère la baronnie par un montage complexe. À sa mort en 1338, le territoire entre dans les possessions des Albret. Jeanne d’Albret, la mère d’Henri IV, y séjournera plusieurs fois.

Le village garde de cette époque un plan médiéval remarquablement compact, que le XIXᵉ siècle n’a pas défiguré.

Une heure de visite, une journée autour: ce qu’on y voit vraiment

Le village se découvre en une petite heure, à condition de prendre le temps de lever la tête. L’église Sainte-Catherine-et-Notre-Dame, restaurée au XIXᵉ siècle, domine l’éperon. L’ancien palais ducal a été transformé en mairie, et ses cachots d’origine se visitent encore.

La maison du sénéchal, l’ancien hôtel des Albret, plusieurs portes ornées de ferronneries signées Blaise Charlut, méritent qu’on s’y arrête.

Au fil des escaliers, on atteint le lavoir municipal. De là, les maisons semblent littéralement accrochées au rocher, suspendues au-dessus du vallon de Ségur. C’est le cliché que tous les photographes viennent chercher.

Au printemps, quand les glycines explosent sur les façades, la lumière tombe différemment. En été, la pierre chauffe à midi et garde sa tiédeur jusqu’au soir.

À 57 km de Bordeaux, le plein de curiosités à portée de roues

Depuis Bordeaux, il faut compter environ une heure de route, en direction de l’est-sud-est. Le village se traverse par les départementales D21 et D230, qui se croisent dans sa frange nord-est. Pour les amateurs d’autoroute, la sortie la plus proche reste celle de La Réole, sur l’A62, à 21 km par la route vers le sud.

La gare SNCF la plus proche, c’est La Réole aussi, à 13 km.

La meilleure fenêtre pour s’y rendre, c’est à partir de Pâques et tout au long du printemps ou de l’été. Le maire André Greze propose des visites guidées hebdomadaires. Comptez une petite heure sur place, puis prolongez la journée dans les vignobles de l’Entre-deux-Mers, ou faites cap vers Sauveterre-de-Guyenne et Monségur, deux bastides voisines qui complètent bien l’escapade.

Peut-on visiter le village librement, sans guide ?

Oui, le village se découvre librement à toute heure. Les ruelles, les remparts, le lavoir et les extérieurs des monuments sont accessibles sans billet. Seules les visites guidées menées par le maire, à partir de Pâques, donnent accès à l’intérieur de certains bâtiments comme les anciens cachots.

Le village est-il accessible aux poussettes et aux personnes à mobilité réduite ?

Le centre médiéval ne s’y prête guère: ruelles pavées, escaliers successifs, pentes marquées vers le lavoir. Pour les poussettes, mieux vaut prévoir un porte-bébé. Les personnes à mobilité réduite profiteront surtout du tour des remparts et des points de vue accessibles depuis les abords.

Trois hectares et demi, 970 mètres de périmètre, 50 habitants. Castelmoron-d’Albret n’a rien d’un village ordinaire, et c’est précisément ce qui le rend inoubliable. On y vient par curiosité.

On y reste pour la pierre chaude, le silence des ruelles, et cette impression rare de tenir tout un village au creux de la main.