« On défendait la frontière depuis 1250 m » : ce village du Mercantour classé en 2025 garde ses deux forts

On ne tombe pas sur Colmars en passant. Le village apparaît au fond d’une courbe de la D908, coincé entre deux murailles de montagne, et l’on comprend d’un coup pourquoi on y a construit des remparts. À 1 250 m d’altitude, le bourg fait face à la vallée du Verdon comme un poste de guet figé depuis des siècles.

600 habitants, deux forts qui surplombent les toits, et cette année une nouvelle ligne sur le panneau d’entrée : classé parmi les Plus Beaux Villages de France en 2025.

« On défendait la frontière depuis 1 250 m » : ce que les remparts racontent encore

Le centre ancien de Colmars tient dans quelques ruelles qui montent et descendent entre des maisons hautes, des cadrans solaires gravés, des placettes où l’on entend l’eau couler. Les remparts ceinturent encore le bourg médiéval, intacts, avec leurs portes et leurs angles de pierre. On les a bâtis pour tenir un siège, non pour décorer un circuit touristique.

La raison militaire du lieu saute aux yeux quand on lève la tête. Deux forts dominent la vallée : le Fort de France et le Fort de Savoie, de type Vauban, plantés en surplomb comme des sentinelles qui n’ont jamais reçu l’ordre de décrocher. Ils surveillaient le passage entre le comté de Nice et la Provence, la frontière elle-même.

Le village n’était pas qu’un village. C’était une position.

Le paradoxe aujourd’hui, c’est le calme. Les canons sont partis, les remparts restent, et les 600 habitants environ vivent dans cette enceinte comme dans une coquille vide de sa menace mais pleine de son histoire. Le label 2025 ne change pas la pierre.

Il l’aide simplement à se faire entendre au-delà du département.

De 1 175 m à 2 747 m : le territoire qui monte derrière les toits

Colmars ne se limite pas à son bourg fortifié. La commune s’étale sur un territoire d’altitude variable, du fond de vallée à la crête des Alpes du Sud. Le point culminant à 2 747 m, le sommet de la Frema, trône au-dessus d’un paysage de roche, de forêt et de cirques glaciaires où le bouquetin, réintroduit dans les années 1990, a repris ses habitudes.

Le Mercantour enveloppe le village. Le parc national commence quasi au bout des rues. On sort des remparts et l’on est déjà dans l’herbe haute, les sentiers de randonnée, les vallées encaissées où le Verdon est encore proche de sa source, clair et rapide.

L’été, la cascade de la Lance est accessible à vingt minutes à pied du village. Ses vasques naturelles servent de baignoire alpine à ceux qui supportent l’eau vive.

La montagne fait ici office de décor et de programme. Pas besoin de chercher l’activité. Elle vous attend au débouché de chaque ruelle.

Le col d’Allos est-il ouvert en ce moment ?

Non en hiver. Le col d’Allos, qui relie Colmars à Barcelonnette, n’est praticable que l’été. C’est la route la plus spectaculaire pour arriver depuis l’Ubaye, mais elle ferme avec les premières neiges.

En saison froide, il faut passer par la D908 depuis Digne-les-Bains ou Saint-André-les-Alpes. L’accès reste possible, simplement plus long.

Peut-on y aller sans voiture ?

Oui, mais avec patience. La gare de Thorame-Haute, sur la ligne Nice, Digne des Chemins de fer de Provence, est la plus proche. Des navettes ou des taxis relient le village en saison.

Le réseau Zou ! dessert aussi la vallée depuis Digne ou Nice. En hiver, des navettes inter-vallées relient Colmars aux stations de ski voisines, La Foux d’Allos et Seignus d’Allos.

Juillet et août : la fenêtre où le village se réveille

Colmars n’est pas mort hors saison. Il est silencieux. L’hiver apporte son propre rythme, les navettes vers les pistes, la neige sur les remparts.

Mais l’été reste le temps fort, celui où le marché du mardi et du vendredi matin garnit la place, où le festival folklorique international fin juillet rassemble des groupes étrangers dans des rues qui n’ont pas été faites pour les cortèges.

La fête du village, le 8 août, marque le pic de l’été. C’est aussi le moment où le col d’Allos est ouvert, où les randonneurs partent pour le lac de l’Encombrette ou le col des Champs, où les champs de lavande encore visibles autour du bourg commencent à faner.

Pour les habitués, la meilleure fenêtre est celle de juin ou de septembre. Juillet et août offrent l’animation complète mais aussi les autres visiteurs. En juin, les vasques de la Lance sont encore froides à se damner.

En septembre, les crêtes du Mercantour prennent une lumière dorée qui ne dure pas.

Comment y aller et combien de temps y rester

Depuis Digne-les-Bains, compter un trajet par la D908 en passant par Saint-André-les-Alpes. C’est la route la plus sûre toute l’année. En été, le col d’Allos offre un itinéraire alternatif depuis Barcelonnette, plus court en kilomètres, plus long en émotions.

Un séjour de deux à quatre jours permet de faire le tour : les remparts et les deux forts, la randonnée vers la Lance, une incursion dans le Mercantour, et le temps de voir un ou deux villages voisins comme Allos, Beauvezer ou Villars-Colmars. Les logements sont petites structures, gîtes et chambres d’hôtes, orientés randonneurs et familles. Pas de grand hôtel, pas de complexe.

La vallée du Haut-Verdon n’a pas ce genre d’ambition.

Le village est à la fois base de randonnée et objet de curiosité patrimoniale. Les deux ne s’opposent pas. Les mêmes remparts qui fascinent l’historien servent de point de départ au marcheur du lendemain.

Les forts de France et de Savoie surveillent toujours la vallée. Personne ne monte plus la garde. Mais la pierre tient, et le village, depuis 2025, a un nouveau moyen de dire qu’il est là.