Moins connue que Sarlat, cette ville 6 992 habitants a réconcilié catholiques et protestants en 1578

On ne traverse pas Nérac par hasard. La Baïse coule paisible, les quais de pierre gardent l’empreinte d’une cour où l’on dansait au siècle des guerres de religion. Ici, un futur roi de France a grandi, une reine mère a négocié la paix entre catholiques et protestants, et le marché du samedi sent encore le canard et les pruneaux d’Agen.

1578 : quand Catherine de Médicis et Henri de Navarre ont signé la paix

Le château-musée Henri IV domine les jardins de la Garenne. C’est ici que le jeune Henri de Navarre, futur Henri IV, a passé son enfance après la conversion de sa mère Jeanne d’Albret au protestantisme. Dans les années 1530, sous son influence, la population de Nérac bascula entièrement dans le camp huguenot.

En 1578, libéré de sa captivité au Louvre après la Saint-Barthélemy, Henri revient à Nérac. Catherine de Médicis se rend à sa rencontre. Les conférences qui s’ouvrent entre eux aboutissent à l’édit de Nérac, en 1579, une paix fragile entre catholiques et protestants.

Marguerite de Valois, reine de Navarre et épouse d’Henri, y tenait alors une cour brillante qui attirait humanistes et poètes.

Le château conserve cette mémoire troublée. Ses salons Renaissance, ses boiseries, la vue sur la Baïse depuis les fenêtres hautes : on comprend pourquoi cette ville de 6 992 habitants a un temps pesé sur le destin du royaume.

17 monuments historiques et 22 raisons de s’attarder à table

Nérac compte 17 monuments historiques classés ou inscrits. Le vieux pont du XVIe siècle enjambe la Baïse avec ses arches basses, les ruelles du Vieil Nérac serpentent entre maisons à colombages, et les mosaïques gallo-romaines du parc de la Garenne témoignent d’une villa antique oubliée.

Mais la ville ne se visite pas les yeux rivés sur le passé. Les 22 appellations gastronomiques du Lot-et-Garonne s’y dégustent sans cérémonie : foie gras, pruneaux d’Agen, vins du Buzet, armagnac. Le marché du samedi, réputé dans tout le département, étale ses produits sous les halles avec une convivialité qui n’a pas changé depuis des décennies.

Le parc de la Garenne s’étend sur 35 hectares, ancien domaine de chasse royal. On s’y promène le long de la rivière, on découvre les vestiges romains, on s’assoit sur un banc face à l’eau qui passe. L’été, la fraîcheur monte du courant.

L’automne, les couleurs de la Gascogne s’attardent.

Comment y aller et quand y aller

Nérac se trouve à 30 km au sud-ouest d’Agen, dans le Lot-et-Garonne. Depuis Bordeaux, comptez 1h40 par l’A62 sur 130 km. La ville est accessible toute l’année, mais le marché du samedi en fait une escale idéale en fin de semaine.

Deux à trois heures suffisent pour le centre historique et le château. Une journée complète permet d’ajouter une croisière sur la Baïse ou une promenade dans le parc de la Garenne. Le stationnement est possible en centre-ville, la gare la plus proche est celle d’Agen.

Le château est-il ouvert au public ?

Oui, le château-musée Henri IV se visite. Les collections évoquent la vie de cour au XVIe siècle, la personnalité d’Henri IV, et les conférences de 1578-1579 qui ont abouti à l’édit de paix. Les horaires varient selon les saisons, il est prudent de vérifier avant de partir.

Peut-on se promener sur la Baïse ?

Des croisières et balades en bateau sont proposées depuis les quais. La rivière, petit affluent de la Garonne, traverse la ville et offre une perspective différente sur les façades anciennes et les jardins qui bordent l’eau.

Quand les portes de Paris s’ouvrirent, celles de Nérac se refermèrent

Henri IV devint roi en 1589. La renommée de Nérac s’éteignit avec son départ. La ville se révolta sous Louis XIII, fut prise en 1621, ses fortifications rasées.

Elle connut une prospérité commerciale au XVIIIe siècle, accueillit le jeune Haussmann comme sous-préfet dans les années 1830, puis sombra dans l’oubli français.

Cet oubli la préserve. Pas de foules, pas de file d’attente au château, pas de guides qui crient dans les ruelles. Juste une ville de province où l’histoire a laissé des traces profondes, où la Baïse coule comme elle coulait devant Catherine de Médicis, où le samedi matin les Néracais se retrouvent sous les halles comme si rien n’avait changé depuis quatre siècles.

On vient à Nérac pour ce silence-là. Pour marcher sur les mêmes quais où une paix impossible a été signée, et sentir que certains lieux gardent leur poids longtemps après que les livres d’histoire ont tourné la page.