Moins connu que Isola 2000, plus ancien que Valberg, ce village de 1 234 âmes inventa le ski azuréen en 1909

1 234 habitants. 65,2 km² de maquis et de forêts. Et une date que personne n’attendait ici : 1909. C’est à Lucéram, à 27 km de Nice, que le ski azuréen a commencé, avant Isola 2000, avant Valberg, avant que la Côte d’Azur ne devienne synonyme de plage.

1909, l’année où Victor de Cessole inventa le ski sur la Côte d’Azur

Le village de Peïra-Cava, sur la commune de Lucéram, est la première station de sports d’hiver des Alpes-Maritimes. Créée en 1909 à l’initiative de Victor de Cessole, elle précède de décennies les grandes stations du Mercantour. On y accède par le col Saint-Roch et le col de l’Orme, deux passages qui séparent encore aujourd’hui le monde de la côte et celui de la haute montagne.

La Cime de Peïra-Cava culmine à 1 581 m. Ce n’est pas l’altitude des Alpes du Nord, mais c’est suffisant pour que la neige tienne, et suffisamment proche de Nice pour que l’idée ait séduit les premiers skieurs de la Belle Époque. Le contraste reste saisissant : la mer à 27 km, le même département.

Le vieux village sur son éperon : 650 m d’altitude et XIIIe siècle de pierre

Lucéram proprement dit se tient plus bas, à 650 m d’altitude, sur un éperon rocheux qui domine le Paillon. La partie la plus ancienne remonte au XIIIe siècle, construite sur ce que les habitants appellent le Baous. Des rues en escalier serpentent depuis la place Adrien Barralis jusqu’à une tour à la gorge fendue, tandis que la rue du Docteur Moriez traverse la partie basse du village.

Le caractère médiéval n’est pas une étiquette de brochure. C’est une configuration physique : le village était un carrefour de la route du sel, celle qui menait du port de Nice à la Savoie par la vallée de la Vésubie. Les Lucéramois contrôlaient un passage. Ils le payèrent parfois cher : en 1388, la communauté protesta contre sa dédition au comte de Savoie, arguant qu’elle avait acheté son affranchissement à la reine Jeanne. Les négociations traînèrent. La tour nord-est du village porte encore la date de 1395, témoin de ces nouveaux remparts construits pour protéger un carrefour devenu stratégique.

2 000 hectares brûlés en 2003 : ce que le feu a changé

En 2003, un incendie a ravagé plus de 2 000 hectares de forêts entre le col Saint-Roch, le col de l’Orme et le col de Braus. Les pins, les chênes, les sapins et les épicéas de la zone de Peïra-Cava ont brûlé. Depuis, la végétation a repoussé, et des opérations de replantation ont été menées avec le concours du Prince Albert II de Monaco.

Le paysage est aujourd’hui un mélange de maquis reconstitué et de forêts jeunes. Les anciennes restanques, ces terrasses de culture creusées dans la pente, laissent encore voir des oliviers qui font partie de l’aire de l’AOC « Huile d’olive de Nice ». Le contraste entre la pierre du village, le vert des reboisements et le gris des zones brûlées crée une géographie en strates que les cartes ne rendent pas.

Comment y aller et quand y aller

Depuis Nice, compter 27 km par la D 2566. La route monte dans l’arrière-pays niçois, traverse des paysages de moyenne montagne, et débouche sur un village qui ne ressemble à rien de la côte. L’hiver, Peïra-Cava offre la station de ski historique. L’été, le village médiéval et les sentiers de randonnée vers les cols dominent.

La température annuelle moyenne est de 11,8 °C pour la période 1971-2000, avec des précipitations annuelles de 996 mm. Le record de chaleur atteint 33 °C en juin 2019, le record de froid −15 °C en février 2005. La commune fait partie des Préalpes de Nice, dans une zone de transition entre climat de montagne et climat méditerranéen.

Peut-on visiter Peïra-Cava sans skier ?

Oui. L’accès par le col Saint-Roch et le col de l’Orme est ouvert toute l’année, sous réserve des conditions hivernales. En dehors de la saison de ski, le site offre des paysages de haute montagne accessibles en randonnée, avec des vues sur la Cime de Peïra-Cava à 1 581 m. La route elle-même est une partie de l’expérience.

Le village est-il accessible en transport en commun ?

Les notes ne mentionnent pas de service de transport en commun direct. L’accès reste principalement routier, par la D 2566 depuis Nice. Le caractère d’arrière-pays, qui a préservé le village, limite aussi les infrastructures de mobilité partagée.

Lucéram est à 27 km de Nice et à plusieurs siècles de la côte. Le ski azuréen a commencé ici en 1909. Les remparts ont été relevés en 1395. Le feu est passé en 2003. La végétation repousse. 1 234 habitants continuent d’habiter 65,2 km² de forêts et de maquis, entre la route du sel et les pistes de Peïra-Cava.