Moins connu que Bonifacio, ce col de 1 218 m cache 700 m de falaise noire réservés aux grimpeurs
1 218 mètres. Le col de Bavella marque la frontière entre l’Alta Rocca et la côte est de la Corse. Derrière, sept tours de granite se dressent en une ligne que les guides appellent les aiguilles. La plupart des visiteurs s’arrêtent au col, prennent leur photo, repartent. Ils ne voient pas les parois qui attendent au-dessus.
Sept tours, une seule porte ouverte au simple randonneur
Les aiguilles de Bavella portent leur nom corse, furchi d’Asinau, depuis bien avant les cartes IGN. Sept tours numérotées du sud au nord, chacune avec son nom et son altitude précise. La Punta di l’Acellu (1 588 m, Tour I), la Punta di l’Ariettu (1 596 m, Tour II), la Punta di a Vacca (1 611 m, Tour III) : ces trois premières dominent déjà le col de plus de 300 mètres.
Seule la Punta di a Vacca, Tour III, laisse passer le randonneur sans corde. Les autres tours ferment leur accès par la verticalité. La Punta di u Pargulu (1 785 m, Tour IV) sépare ses voies d’escalade de la précédente par la Bocca di u Pargulu (1 662 m), passage emprunté par la variante alpine du GR 20. La Punta Longa (1 836 m, Tour V), la Punta Alta (1 857 m, Tour VI, plus haute des aiguilles), la Punta Iolla (1 848 m, Tour VII) : chacune exige des mains aguerries.
Le massif dans sa totalité culmine plus au nord, à la Punta di u Furnellu et à la Punta Muvrareccia, toutes deux à 1 899 m. Le Monte Incudine (2 134 m) domine l’ensemble depuis l’arrière, visible de toutes les tours.
L’escalade qui a commencé dans les années 1920
L’escalade aux aiguilles de Bavella a débuté sporadiquement dans les années 1920. Les pionniers arrivaient du continent : France, Suisse, Italie, Belgique, Autriche. Dans les années 1960, Werner Krah ouvre les premières voies en 6e degré sur le campanile Santa Lucia. La pratique explose à partir des années 1970 avec Michel Afanasieff, Michel Tanner, Michel Fabrikant, Jean-Toussaint Casanova, Jean-Paul Quilici.
Aujourd’hui, les voies atteignent le 8e degré. À la Punta di u Furnellu, certaines parois mesurent 700 mètres de hauteur. Le granite offre deux visages. Le premier, à gros grain blanchâtre, sensible à l’érosion. Le second, rosé, riche en silicates de potassium, d’une dureté extrême. Les tafonis, ces trous d’érosion qui grignotent la roche de bas en haut, lui donnent son aspect d’éponge pétrifiée.
Comment y aller et quand y aller
Depuis Porto-Vecchio, compter 1h10 par la T10 direction Solenzara, puis la route du col. Depuis Bastia, 2h35 sur la même T10. Depuis Ajaccio, 2h par la D420 via Zonza.
La saison estivale concentre la majorité de la fréquentation. Les cascades de Purcaraccia, à proximité, subissent l’affluence : les guides locaux conseillent d’arriver tôt le matin. Le camping est strictement interdit sur le site des aiguilles, règlement du parc naturel régional de Corse créé en 1972. Deux refuges existent : le refuge di Paliri au sud, le refuge d’Asinau (1 536 m) au pied du Monte Incudine.
Peut-on gravir une aiguille sans être grimpeur ?
Oui, une seule : la Punta di a Vacca (1 611 m, Tour III). Toutes les autres tours nécessitent des techniques d’escalade, des cordes et un encadrement. Le GR 20 passe au pied des aiguilles dans la vallée du Rizzanese, mais la variante alpine via la Bocca di u Pargulu (1 662 m) permet de s’en approcher sans les gravir.
Quelle est la meilleure période pour voir les aiguilles ?
L’été assure l’ouverture routière du col et la praticabilité des sentiers. En juin, les cascades de Purcaraccia coulent encore fort. Après la mi-juillet, la fréquentation grimpe : les locaux recommandent les premières heures du jour pour le parking et les températures.
La statue de Notre-Dame-des-Neiges et ce qu’elle regarde
Au col même, à quelques mètres de la route, un amas de pierres porte la statue de Notre-Dame-des-Neiges. Elle fait face aux aiguilles. Ce qu’elle voit : la Punta Alta à 1 857 m, la ligne dentelée des sept tours, les pins tordus par le vent qui dessinent des silhouettes impossibles contre le ciel. Les nuages passent parfois sous les sommets, laissant les tours émerger comme des îles de granite dans une mer blanche.
La plupart des visiteurs repartent sans lever les yeux plus haut que le col. Les parois restent là, réservées à ceux qui savent lire une paroi.