Méconnu des mémoriels, ce village bourguignon abrite une stèle aux 24 tirailleurs africains tombés en 1940

150 habitants. 25 kilomètres carrés de terre agricole et de forêt. Dans le nord de l’Yonne, personne ne passe par Arthonnay sans y être invité. Et pourtant, une chapelle villageoise garde ici le nom de 107 soldats morts en une nuit de juin 1940.

24 noms d’Afrique noire parmi 107 : la stèle que les mémoriels nationaux oublient

Du 16 au 17 juin 1940, le 42e régiment d’infanterie coloniale résiste au XXXIe Panzerkorps allemand sur le territoire même d’Arthonnay. C’est l’un des derniers combats de la bataille de France. Le régiment est décimé. On relève 107 soldats français qui ont fait don de leur vie pour la France.

Le combat d'Arthonnay
  • 107 soldats morts en une nuit de juin 1940
  • 24 noms d'Afrique noire parmi 107
  • Dernier combat de la bataille de France
  • Stèle dans une chapelle paroissiale, pas un monument national

Dans la chapelle paroissiale, une stèle commémorative porte leurs noms. Parmi eux, 24 soldats d’Afrique noire et 11 inconnus. Ce n’est pas un monument national. C’est une plaque de village, dans un lieu de culte, que l’on découvre en poussant une porte.

Le même 17 juin, le maréchal Pétain annonce qu’il faut cesser le combat. À Arthonnay, le combat avait déjà cessé de lui-même.

50 maisons brûlées en 1836, une église en ruine depuis 1926 : le village qui a déjà tout reconstruit

Le 14 juin 1836, un incendie ravage une partie du village et détruit une cinquantaine de maisons. En 1827, la foudre avait déjà frappé le clocher de l’église Saint-Valentin, amorçant sa ruine. La voûte et le clocher s’écroulent en 1926. Il ne reste aujourd’hui que des ruines du XVIe siècle, avec un portail classé qui résiste encore.

150 habitants, 107 morts
150habitants dans le village aujourd'hui|107|soldats morts en une seule nuit de juin 1940

La mairie, avec son curieux clocheton sur le toit et son lavoir alimenté par une éolienne, est inscrite aux monuments historiques depuis 2003. L’ensemble forme un tableau de ce qu’est Arthonnay : des bâtiments qui tiennent par obstination, pas par miracle.

Le nom du village lui-même vient du gaulois arto-, l’ours. Les premières formes attestées datent de 1080 : Artunnacum. L’animal était craint, respecté, chassé. Il a laissé son nom dans la terre.

Comment y aller et ce qu’on y trouve

Arthonnay se situe dans le nord de l’Yonne, à 8 km à vol d’oiseau de Cruzy-le-Châtel, à proximité de Tonnerre. Le climat est océanique altéré, avec des hivers rudes et des brouillards fréquents en automne et en hiver. La température annuelle moyenne avoisine 10,6 °C.

Peut-on visiter la chapelle ?
Sources ne précisent pas les horaires|S'adresser à la mairie ou passer en journée|Stèle à l'intérieur, accès au bâtiment nécessaire

Le village est à cheval sur des terres arables à 70,6 % et des forêts à 22,8 %. L’habitat est dispersé. Il n’y a pas d’unité urbaine, pas d’attraction de ville. Juste des routes de campagne, des champs, et cette chapelle avec sa stèle.

Peut-on visiter la chapelle et la stèle librement ?

Les sources ne précisent pas les horaires d’ouverture de la chapelle paroissiale. Dans un village de 150 habitants, le mieux est de s’adresser à la mairie ou de passer en journée. La stèle est à l’intérieur, ce qui suppose un accès au bâtiment.

Quel est le meilleur moment pour se rendre à Arthonnay ?

Les sources ne mentionnent pas de saison privilégiée. L’été offre les journées les plus longues pour arpenter les ruines de l’église et les environs agricoles. L’automne et l’hiver apportent les brouillards caractéristiques de la région, qui transforment le paysage mais compliquent la conduite sur les petites routes.

Un village qui a tout reconstruit
  • 50 maisons brûlées en 1836
  • Église en ruine depuis 1926
  • Mairie inscrite aux monuments historiques en 2003
  • Bâtiments qui tiennent par obstination, pas par miracle

150 habitants, 107 morts : le ratio qui ne se dit pas

Arthonnay n’est pas un lieu de mémoire institutionnel. Il n’y a pas de musée, pas de grand monument, pas de circuit touristique balisé. Il y a une stèle dans une chapelle, des ruines dans un champ, et des habitants qui vivent sur une terre où l’on a combattu jusqu’au matin du 17 juin 1940.

Le village a déjà brûlé une fois. Il a déjà vu s’effondrer son église. Il a continué. La stèle des 107, dont 24 soldats d’Afrique noire, tient dans cette même logique : on ne grandit pas, on ne devient pas célèbre, on reste là où on est tombé, et on attend que quelqu’un pousse la porte.

À 229 mètres d’altitude, dans le nord de l’Yonne, Arthonnay attend.