La plus haute chute d’eau de France se mérite : 2 heures de marche depuis ce village pyrénéen

Il faut d’abord franchir le village, ses toits d’ardoise et ses chevaux qui attendent au bord du chemin. Puis la vallée s’ouvre. Devant vous, une muraille grise en fer à cheval barre l’horizon, striée de névés, et quelque part sur cette paroi un filet blanc tombe si longtemps qu’il se dissout en brume avant d’atteindre le sol.

On marche vers cette chose-là. Deux heures suffisent.

422 mètres de chute libre, et personne ne peut vraiment la photographier en entier

La grande cascade de Gavarnie tombe de 422 mètres. C’est la plus haute chute d’eau de France métropolitaine, et le chiffre ne veut pas dire grand-chose tant qu’on ne se tient pas en dessous, la nuque cassée en arrière, à chercher le point de départ de l’eau dans le ciel.

Elle naît là, sur la paroi du cirque, et devient le gave de Pau. La rivière qui traverse ensuite tout le piémont pyrénéen commence donc sa vie par une chute de plus de quatre cents mètres. Peu de fleuves ont une entrée en matière pareille.

Au-dessus, la muraille est dominée par le pic du Marboré, 3 248 mètres. Vous le voyez depuis le village, par temps clair, et vous le reverrez toute la marche.

Un hameau de 130 habitants qui voit passer près d’un million de personnes

Le rapport est vertigineux. 130 habitants vivent à Gavarnie, à quelque 1 400 mètres d’altitude, et l’été amène près d’un million de visiteurs dans la vallée. La journée, les touristes croisent les montagnards de passage, et le village fonctionne à ce régime bizarre où tout le monde arrive en même temps puis repart avant le soir.

L’hiver, la mécanique s’inverse. Les voitures disparaissent, Gavarnie redevient un village de montagne et bascule en station de ski. C’est là, je trouve, que l’endroit est le plus lui-même, même si personne ne vient pour ça.

Le petit cimetière où reposent ceux qui ont inventé le pyrénéisme

Près de l’église, un carré du cimetière rassemble les tombes des pyrénéistes. Les guides de la famille Passet, dont Célestin, y sont enterrés. Le comte Henry Russell aussi a laissé sa trace ici, lui qui a donné son nom à une statue du village.

Ces gens-là montaient sans matériel moderne, ouvraient des voies dans la muraille que vous regardez depuis la terrasse d’un café, et redescendaient au village dormir. Le cimetière tient en quelques mètres carrés. On passe devant sans le voir, alors qu’il raconte à peu près tout ce que ce lieu a été avant les cars de tourisme.

L’église Notre-Dame-du-Bon-Port, elle, date des XIIe et XIVe siècles. Ancien prieuré des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, elle est inscrite aux monuments historiques depuis 1998. Un chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle passe juste à côté.

On marchait déjà vers ce village bien avant qu’il devienne un décor.

Depuis Lourdes, 50 km et une seule route: comment y aller sans y perdre sa matinée

Gavarnie se trouve dans les Hautes-Pyrénées, en Occitanie, contre la frontière espagnole. Depuis Lourdes, comptez une cinquantaine de kilomètres. Le plus simple sans voiture: le train jusqu’à Lourdes, puis le bus.

En voiture, arrivez tôt. Le site est très fréquenté l’été et la fin de matinée transforme les abords du village en file d’attente. La saison de randonnée court de juin à octobre, mais la montagne fait ce qu’elle veut: névés qui traînent, sentier qui change, météo qui bascule en une heure.

Chaussures correctes, de l’eau, une couche chaude et un imperméable, même pour deux heures de marche facile.

Combien de temps dure la marche jusqu’au cirque ?

Environ 2 heures aller-retour depuis le village jusqu’au pied du cirque, en passant par l’Hôtellerie du Cirque. L’itinéraire est généralement facile et se fait en famille. Pour approcher davantage la cascade, prévoyez plus de temps et renseignez-vous sur l’état du sentier.

Que voir autour si on reste plus d’une journée ?

Les vallées voisines. Estaubé, Troumouse, Gèdre, le secteur du col des Tentes: tout est à portée depuis Gavarnie, qui fait une bonne base pour explorer ce coin du parc national des Pyrénées.

Pourquoi l’UNESCO a classé cette muraille en 1997

Le massif du Mont-Perdu, dont fait partie le cirque, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997, au double titre de paysage naturel et culturel. Le double titre compte: ce n’est pas seulement de la belle roche, c’est un pays de pastoralisme, de passages transfrontaliers, de vies organisées autour de la montagne depuis longtemps.

Le cirque figure aussi parmi les Grands Sites de Midi-Pyrénées. Autant dire que vous ne le découvrirez pas seul un 15 août.

Venez plutôt tôt le matin, quand la lumière accroche les falaises et que l’eau du gave est encore glacée d’avoir passé la nuit dehors. La cascade, elle, tombe de la même hauteur à toute heure. Ce sont les autres qui changent.