Ils ne sont plus que 35 : ce village du Gers a pourtant gardé son vieux château
La route ondule entre les champs, puis le regard accroche une vieille masse de pierre au-dessus des vallons. C’est ce silence-là qu’on vient chercher ici, un morceau de Gers qui ne cherche pas à séduire et qui garde pourtant une présence rare.
Dans le secteur de Marciac, Monpardiac tient sur peu de choses en apparence, quelques maisons, des pentes douces, des chemins d’eau. Mais ce décor rural cache un vrai paradoxe, la commune ne compte plus que 35 habitants et elle a tout de même gardé son château, avec des traces qui remontent au XIe siècle.
35 habitants aujourd’hui, mais un château qui refuse de disparaître
Le contraste frappe tout de suite. Vous arrivez dans une commune minuscule du sud du Gers, et ce n’est pas une ruine anonyme qui vous attend, mais le vieux château des comtes de Pardiac, posé sur une motte historique, encore assez présent pour donner une colonne vertébrale au lieu.
Je trouve ce décalage très fort. Dans bien des villages minuscules, le bâti ancien s’efface jusqu’à devenir un simple souvenir, alors qu’ici l’édifice continue d’imposer sa silhouette malgré les pertes, malgré l’abandon partiel, malgré le temps qui a rogné les volumes.
Le chiffre raconte d’ailleurs une histoire plus large. La commune a atteint un pic de 194 habitants en 1846, avant de se réduire au fil du temps, ce qui rend la survie du château encore plus saisissante, comme si la pierre avait tenu quand la population, elle, se retirait lentement.
Du XIe au XVIIIe siècle, le vieux château montre encore ses couches
Il faut s’arrêter sur ce point, car c’est lui qui tient vraiment la promesse du lieu. Les premières traces du château remontent aux environs du XIe siècle, mais l’édifice visible aujourd’hui date du XVIIIe siècle, ce qui donne à l’ensemble une profondeur peu commune pour un si petit point sur la carte.
Vous n’êtes donc pas devant un décor figé d’un seul bloc. Vous êtes devant un site qui a changé d’époque, de forme, de fonction, et c’est précisément ce feuilletage qui le rend intéressant. Je le dis nettement, c’est bien plus captivant qu’un château parfaitement lisse, sans accrocs ni reprises.
Le lieu a connu des déboires. Il a été plus ou moins abandonné depuis le début du XXe siècle, et il ne subsiste qu’un tiers des édifices principaux. Cette fragilité se voit, mais elle donne aussi au domaine une densité particulière, celle des endroits qui n’ont pas été rendus trop propres.
Aujourd’hui, le domaine reste privé, et les dépendances du château ont été reconverties en gîtes. La propriété domine le lac de Monpardiac sur sa partie nord et ouvre sur les vallons gersois au nord et à l’est, ce qui prolonge très bien l’impression générale, un lieu en retrait, mais pas refermé.
Peut-on visiter le château ?
Non, pas librement comme un monument public. Le domaine est privé, mais les dépendances ont été aménagées en gîtes, ce qui permet d’approcher l’ensemble autrement. C’est une limite réelle, mais aussi le signe qu’on est encore dans un lieu habité, pas dans une coquille vidée pour carte postale.
Ce qu’on voit vraiment sur place, entre vallons, eau et bâtiments clairsemés
Il ne faut pas venir ici pour cocher une longue liste. Vous venez pour une ambiance de campagne gersoise très dispersée, pour ces collines souples, pour les vues ouvertes, pour cette impression que les maisons ont laissé beaucoup d’air autour d’elles. C’est sobre.
C’est justement ce qui marche.
La commune est traversée par le ruisseau de Cassagnau et par d’autres petits cours d’eau, pour un réseau hydrographique total de 6 km. Ce détail a du poids, parce qu’il explique la sensation du paysage, les creux, les lignes humides, les retenues d’eau, cette façon qu’a le terrain de ne jamais être complètement sec à l’œil.
Sur place, le château attire la lumière, mais il n’est pas seul. L’église Saint-Laurent, la retenue d’eau de Carbournieu et le château du Box de Peyan composent un ensemble discret, presque retenu. Je préfère ce genre de lieu aux villages qui crient trop fort leur patrimoine, car ici il faut regarder un peu plus longtemps.
Le pays d’Astarac donne aussi sa couleur à l’escapade. Le relief vallonné, les parcelles agricoles, les petites routes, tout pousse à ralentir. Vous n’êtes pas dans un village-musée, et c’est une bonne nouvelle, parce que le charme naît justement de ce mélange entre traces anciennes et vie rurale très simple.
Que voir si l’on ne reste pas dans les gîtes du château ?
Vous pouvez tout de même venir pour l’atmosphère du village et ses abords. Le château reste le point fort visuel, mais l’église Saint-Laurent, la retenue d’eau et les vues sur les vallons suffisent à donner une vraie matière de promenade, surtout si vous aimez les lieux peu fréquentés.
Dans le secteur de Marciac, une escale pour ceux qui cherchent mieux que l’agitation
Le cadre est simple à situer, vous êtes dans le sud du Gers, en Occitanie, dans le secteur de Marciac. Ce repère compte, parce qu’il replace la commune dans une zone que beaucoup connaissent pour ses bastides, ses paysages agricoles et, plus largement, son rythme plus lent que dans les grands axes.
Le lieu se prête à une visite toute l’année. Je trouve même que ce genre de commune gagne à être abordé sans attente de saison spectaculaire, car son intérêt ne dépend pas d’un événement précis ni d’un décor de carte postale trop programmé. Ici, ce sont la pierre, les pentes et le vide autour qui font le travail.
Si vous cherchez un village animé du matin au soir, passez votre tour. Si vous aimez au contraire les endroits qui gardent une vraie retenue, avec un château ancien encore debout dans une commune de 35 habitants, l’escale a du sens. Peu de monde.
Beaucoup d’espace.
Le plus marquant reste peut-être là, dans cette tension entre l’effacement démographique et la persistance des murs. Une commune minuscule, un château blessé mais toujours là, des vallons qui s’ouvrent sans bruit. Le Gers sait faire ce genre de décor.
Celui-ci reste en tête.