Hôte des JO de 1992, cette station de Savoie doit ses chalets de bois à un Écossais
Il y a des stations qui sentent le béton froid et la station-service. Méribel, non. Le bois y domine tout, les toits d’ardoise avalent la lumière du matin, et les façades vieillissent en prenant cette teinte grise que seule la montagne sait donner.
Ce n’est pas un hasard de goût local. Cette allure-là a été décidée, écrite noir sur blanc, par un Écossais qui cherchait un endroit où skier loin de l’Europe qui basculait.
Peter Lindsay arrive aux Allues en 1936, et repart avec une idée fixe
Il skiait jusque-là en Allemagne et en Autriche. Le nazisme y montait, et l’envie d’y poser ses vacances d’hiver s’est effondrée. Alors cet Écossais est parti chercher ailleurs, en Tarentaise, et il a débarqué dans la vallée des Allues en 1936.
Ce qu’il voit, personne ne l’exploite encore. Il monte une société foncière pour réunir de quoi bâtir. Dès 1938, la première remontée mécanique tourne au-dessus du village des Allues.
Les premiers hôtels et chalets sortent de terre l’année suivante, au lieu-dit Méribel. Trois ans plus tard, les Anglais détiennent déjà 40 hectares dans la vallée. Puis la guerre arrête tout.
Bois, pierre de pays, ardoise: le cahier des charges qui a sauvé la vallée du béton
Le chantier repart une fois le conflit fini, et c’est là que se joue l’essentiel. Lindsay ne laisse pas construire n’importe quoi. Il fait venir des architectes, dont Paul-Jacques Grillo, grand prix de Rome en 1937, avec Christian Durupt et André Detour, pour tenir une ligne unique: tout doit s’accorder au style savoyard.
D’où ce cahier des charges qui fait encore la différence aujourd’hui: bois et pierre de pays pour l’armature, ardoise de montagne pour les toits en pente. Regardez les stations construites vingt ans plus tard ailleurs en Savoie, puis revenez ici. La différence saute aux yeux.
Ce choix de matériaux continue de distinguer la station.
1992: le hockey et le ski féminin sur le Roc de Fer
La montagne a rattrapé l’ambition de son fondateur. Pour les Jeux olympiques d’hiver d’Albertville, en 1992, Méribel s’équipe d’une patinoire bâtie pour le hockey sur glace, réduite des deux tiers après coup, parce qu’une station de 1 450 mètres n’a pas besoin d’un stade toute l’année. La totalité des épreuves de ski alpin féminin se court sur la piste du Roc de Fer.
Trente ans plus tard, rebelote: la station accueille avec Courchevel les championnats du monde de ski alpin en 2023. Peu de villages de Tarentaise peuvent aligner ça.
Faut-il skier à Méribel plutôt qu’ailleurs dans les 3 Vallées ?
Vous êtes au centre du domaine, avec des liaisons directes vers Courchevel, Les Menuires et Val Thorens. Les 600 km de pistes des 3 Vallées reliées se rejoignent d’ici sans navette ni voiture. C’est l’argument numéro un de la vallée.
Peut-on venir sans voiture ?
Oui. Le TGV descend jusqu’à Moûtiers-Salins-Brides-les-Bains, à 600 km de Paris, soit 5h30 de train. De la gare, comptez 30 minutes de route pour rejoindre la station.
Comment y aller et quand y venir
Méribel occupe la commune des Allues, en Savoie, dans la vallée de la Tarentaise. Chambéry est à 52 km à l’ouest, Lyon à 138 km. Par la route, on arrive par la voie express prolongeant l’A430 depuis la combe de Savoie, sortie au niveau de Moûtiers.
Côté avion, Chambéry-Savoie est le plus proche (95 km, une heure), devant Genève (135 km) et Lyon-Saint-Exupéry (185 km). La station possède même son altiport, perché à 1 717 mètres.
L’hiver reste la saison reine, forcément. Mais la vallée se marche très bien l’été, entre randonnée, VTT et golf, quand les chalets se retrouvent posés dans l’herbe plutôt que dans la neige et que les toits d’ardoise chauffent au soleil.
Une station chère, et qui l’assume
Autant le dire: ce n’est pas la vallée où l’on part skier à petit budget. Méribel se positionne haut de gamme, comme sa voisine Courchevel, et les classements de prix la placent régulièrement en tête des stations françaises les plus coûteuses. Le village permanent des Allues compte environ 2 000 habitants; en pleine saison d’hiver, la commune grimpe entre 20 000 et 30 000 personnes.
Ce grand écart-là raconte assez bien l’endroit. Un chef-lieu de vallée, ses hameaux, et par-dessus une station internationale greffée dessus depuis les années 1930.
Montez au-dessus du Centre un matin de janvier, quand la lumière rase les pentes et que l’ardoise mouillée brille encore. Vous verrez du bois, de la pierre, des toits pentus, et pas une barre de béton à l’horizon. C’est un Écossais en fuite qui en a décidé ainsi, il y a près de quatre-vingt-dix ans.