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Témoignage poignant d'un ex-musulman algérien : le lourd tribut de l'apostasie

Publié le 01/04/2024

Je m'appelle Karim, j'ai 30 ans et je suis un ex-musulman. Né et élevé en Algérie au sein d'une famille pratiquante, j'ai été un croyant convaincu pendant plus de 25 ans. L'islam était bien plus qu'une religion pour moi, c'était une partie intégrante de mon identité, un mode de vie qui rythmait mon quotidien et celui de mes proches. Jamais je n'aurais imaginé un jour remettre en question cette foi qui m'habitait depuis toujours.

Pourtant, il y a quelques années, un long cheminement intérieur m'a conduit à l'impensable : quitter l'islam. Tout a commencé lorsque j'ai décidé d'étudier en profondeur les textes sacrés et leurs interprétations. Au fil de mes lectures, je suis tombé sur des versets et des hadiths qui m'ont profondément troublé. La question de l'esclavage, autorisé dans certaines lectures du Coran, a été le premier choc. Comment une religion qui se veut parfaite et universelle pouvait-elle tolérer une telle abomination ? Ce n'était malheureusement que le début d'une longue série de désillusions.

Au fur et à mesure de mes recherches, j'ai découvert avec effroi les inégalités criantes entre hommes et femmes, la polygamie érigée en droit divin, les mariages d'enfants cautionnés par de nombreux oulémas à travers les siècles. Malgré des mois d'efforts acharnés, je n'ai trouvé aucune réfutation convaincante à ces pratiques qui me révoltaient. Seulement des justifications embarrassées tentant de contextualiser ce qui, à mes yeux, était tout simplement barbare et injustifiable.

J'ai alors compris que je ne pouvais plus me dire musulman. Moi qui croyais en un dieu infiniment bon, juste et miséricordieux, je réalisais que le dogme islamique tel qu'il m'avait été enseigné était incompatible avec mes valeurs les plus profondes. Après de longs mois de doutes et de tourments, j'ai fini par prendre la décision la plus difficile de ma vie : renoncer à l'islam. Sans haine ni jugement envers les croyants, mais avec la conviction inébranlable qu'il était de mon devoir de dénoncer ce que je considérais comme des dérives gravissimes et inacceptables.

Depuis ce jour, je vis dans la peur constante, car l'apostasie est sévèrement réprimée en Algérie. La loi prévoit des peines de prison ferme pour quiconque "offense le prophète" ou "dénigre les dogmes de l'islam". Plusieurs athées et libres-penseurs algériens ont ainsi été condamnés ces dernières années, parfois jusqu'à 5 ans de prison, pour avoir simplement exprimé leurs convictions sur les réseaux sociaux. Face à ce climat oppressant, je suis condamné à cacher ma véritable identité à mes proches, à faire semblant d'être toujours un bon musulman pratiquant. Un secret lourd à porter, qui me ronge un peu plus chaque jour.

Malgré les menaces et la pression constante, je sais au plus profond de moi que j'ai fait le bon choix. Un choix guidé par ma conscience, ma raison et mon humanité. Plutôt que de me soumettre aveuglément à des dogmes qui heurtent mes valeurs, j'ai choisi la voie difficile mais ô combien gratifiante du libre arbitre. Je rêve d'un monde où chacun pourrait croire ou ne pas croire librement, sans crainte pour sa vie ou sa liberté. Un monde où le doute et le questionnement ne seraient plus vus comme des blasphèmes, mais comme des étapes légitimes et nécessaires dans la quête de sens.

Mon combat est celui de tous ceux qui, aux quatre coins du monde musulman, risquent leur vie au nom de la liberté de conscience. De tous ces athées, agnostiques, libres-penseurs contraints de vivre dans l'ombre, terrés dans la peur d'être démasqués. Pour eux, pour tous ceux qui rêvent d'un islam des Lumières débarrassé de l'obscurantisme, je continuerai à me battre, à témoigner, à écrire. Avec l'espoir qu'un jour, être non-croyant en terre d'islam ne sera plus une condamnation, mais un droit fondamental et inaliénable.

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