Des peintures parmi les plus anciennes du monde bordent cette rivière d’Ardèche
Il y a des rivières qu’on regarde, et d’autres qu’on entend avant de les voir. L’Ardèche appartient à la seconde catégorie: une eau verte qui glisse entre des parois calcaires blanchies par le soleil, des odeurs de pin chaud, et cette impression de descendre dans une faille du monde. Sur ses berges dorment des images peintes bien avant l’écriture.
La grotte Chauvet et ses œuvres parmi les plus anciennes connues
C’est dans la vallée de l’Ardèche que se trouve la grotte Chauvet, qui abrite certaines des plus anciennes œuvres d’art pariétal connues au monde. Pas une curiosité locale. Un jalon de l’histoire humaine, posé là, à quelques minutes de rivière.
Ce qui frappe, c’est la continuité du décor. Les gens qui ont tracé ces figures voyaient déjà ces falaises, ce calcaire, cette eau qui coupe la roche. Le paysage que vous traversez en canoë est, dans ses grandes lignes, celui qu’ils avaient sous les yeux.
Le Pont d’Arc: une arche naturelle que la rivière franchit
À quelques encablures, près de Vallon-Pont-d’Arc, l’Ardèche passe carrément sous une arche de roche. Le Pont d’Arc n’a rien d’un ouvrage humain: c’est la rivière elle-même qui a fini par trouver ce passage, laissant une voûte de pierre au-dessus de son courant.
Le premier regard est toujours le même. On sous-estime l’échelle, puis un canoë passe dessous et tout se recalibre d’un coup. En été, l’eau y est basse, claire, et les galets crissent sous les coques.
125 km depuis la forêt de Mazan jusqu’au Rhône
La rivière naît haut, très haut pour une eau du Sud: vers 1 467 mètres, dans la forêt de Mazan, sur la commune d’Astet, près du col de la Chavade. De là, elle dégringole la montagne ardéchoise et met 125,1 kilomètres à rejoindre le Rhône, du côté de Pont-Saint-Esprit et Saint-Just-d’Ardèche.
Entre les deux, elle change complètement de tempérament. Torrent nerveux en haut, elle passe par Aubenas, reçoit la Beaume et le Chassezac, s’élargit vers Ruoms, puis attaque le calcaire pour creuser les gorges. Au confluent, son débit moyen tourne autour de 65 m³/s.
Les « coups de l’Ardèche »: pourquoi l’été change tout
Cette rivière a un caractère méditerranéen, cévenol, et ça se paie. Son niveau peut être très bas en été et monter brutalement après de fortes pluies, surtout au printemps et à l’automne. Les habitants appellent ça les coups de l’Ardèche.
Ce n’est pas du folklore. Dans les gorges, sur les plages de galets, pour quiconque tient une pagaie, ces crues deviennent franchement dangereuses. L’été, avec l’étiage, la rivière se laisse approcher.
Le reste de l’année, elle se mérite, et parfois elle se refuse.
Peut-on se baigner et faire du canoë ?
Oui, et c’est même la grande affaire de l’été ici: baignade, canoë-kayak et belvédères profitent du niveau d’eau bas de la saison chaude. Au printemps et à l’automne, la prudence s’impose, une crue cévenole pouvant changer la donne en quelques heures.
Faut-il forcément aller sur l’eau ?
Non. La route panoramique des Gorges de l’Ardèche et ses belvédères donnent le canyon vu d’en haut, sans pagaie. Et Vogüé, village de caractère installé au bord de la rivière, se visite les pieds au sec.
Où aller et dans quel ordre
Le cœur du sujet tient entre Ruoms et Vallon-Pont-d’Arc, dans le département de l’Ardèche, en Auvergne-Rhône-Alpes. Vallon-Pont-d’Arc sert de base naturelle: le Pont d’Arc est juste là, la route des gorges part dans la foulée avec ses belvédères échelonnés au-dessus du canyon.
La bonne saison, c’est l’été, pour l’eau basse et la navigation. Si vous voulez respirer, prenez les belvédères tôt, quand la lumière rase encore le calcaire et que les parkings sont vides. Vogüé mérite une halte en chemin, au bord de l’eau.
Un canyon calcaire, une arche de pierre que la rivière traverse, et dans la même vallée des peintures parmi les plus anciennes que l’humanité nous ait laissées. L’Ardèche coule là-dedans depuis bien plus longtemps que nous. Elle continuera après.