Dans ce village de l’Orne, les murs d’une auberge portent encore des silhouettes de visages
À Saint-Céneri-le-Gérei, une auberge garde des visages sans regard. Dans la salle des « décapités », des peintres traçaient à la bougie le contour de leurs confrères sur les murs. La flamme a disparu, les silhouettes restent.
Ce village de l’Orne rassemble 110 habitants dans un méandre de la Sarthe, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d’Alençon. Les maisons, le pont de pierre et la rivière composent déjà une halte très photogénique, mais l’auberge donne au lieu sa scène la plus troublante.
À l’auberge des Sœurs Moisy, des visages arrêtés sur les murs
La salle des « décapités » se trouve à l’étage de l’auberge des Sœurs Moisy, aussi appelée auberge des peintres. Les artistes y dessinaient les profils de leurs compagnons, éclairés par une bougie, directement sur les parois. Le procédé est simple, presque enfantin.
L’effet, lui, demeure étrange.
On ne regarde pas ici une collection de tableaux accrochés bien droit. Les murs portent la trace d’un passage, d’une veillée, d’une habitude d’atelier. C’est précisément ce détail qui rend Saint-Céneri-le-Gérei plus vivant qu’une visite patrimoniale trop sage.
Depuis le XIXe siècle, la vallée de la Sarthe a attiré des artistes sensibles aux falaises granitiques, au pont et aux vues sur le bourg. Deux auberges rappellent cette présence: celle des Peintres et celle des Sœurs Moisy. Dans la seconde, les contours à la bougie ont résisté au temps.
Peut-on encore voir la salle des « décapités » ?
Oui, la salle se visite encore aujourd’hui. Elle se trouve à l’étage de l’auberge des Sœurs Moisy. Vous y venez pour ces silhouettes, mais le calme de la pièce compte autant que leur étrangeté.
Saint-Céneri-le-Gérei, un village bâti sur les traces de saint Céneri
Le nom du village renvoie à Céneri, ermite italien venu évangéliser la Normandie au VIIe siècle. Il fonda un monastère et une chapelle sur place. L’histoire ne flotte pas au-dessus du paysage: elle accompagne encore les pentes, la rivière et les vieilles pierres.
L’église Saint-Martin remonte au XIe siècle et conserve des fresques anciennes. Près d’elle, le village montre aussi son pont de pierre, ses maisons anciennes et la chapelle du Petit-Saint-Céneri. Le plus beau moment reste celui où la Sarthe referme sa boucle autour du bourg.
Le site a aussi connu les affrontements médiévaux. Le château fut assiégé par Guillaume le Conquérant en 1060, puis pris par Robert Courteheuse en 1088. Il n’en demeure aujourd’hui que des pans de murs.
Cela suffit à donner du relief à la promenade.
Que voir après l’auberge des peintres ?
Le pont de pierre, l’église Saint-Martin et la chapelle du Petit-Saint-Céneri prolongent naturellement la découverte. La fontaine miraculeuse appartient aussi à la légende locale, associée aux affections oculaires. Gardez du temps pour longer la Sarthe, c’est là que le village prend son ampleur.
À dix kilomètres d’Alençon, une halte qui se lit lentement
Saint-Céneri-le-Gérei se trouve dans l’Orne, au nord-est des Alpes mancelles, dans le parc naturel régional Normandie-Maine. Depuis Alençon, il faut gagner le sud-ouest sur une dizaine de kilomètres. La route ne prépare pas vraiment à la scène: le village apparaît autour de son méandre.
Le lieu convient à une balade courte, à une sortie à vélo ou à une visite patrimoniale depuis Alençon. Ne cherchez pas à tout consommer vite. Le village se prête mieux aux arrêts: une façade, le parapet du pont, la lumière basse sur la Sarthe.
Dans l’auberge, les profils dessinés à la bougie restent là, sans couleur et sans voix. Dehors, la rivière continue de contourner le village.