Cette cascade de 13 mètres taille la pierre depuis 1835 dans un paysage de 1 000 étangs
13 mètres de chute. Une eau qui tombe en coin, en forme de V. La pierre n’a pas bougé depuis 1835, mais la trace reste nette. En haut de saison, le barrage déborde et le bruit remplit la vallée. En étiage, on voit la maçonnerie nue, le canal bouché, le silence qui revient.
1835 : une graniterie taille le paysage à sa mesure
Joseph François Varelle installe son usine au confluent de la Doue de l’Eau et de l’Ognon. Deux rivières, deux roues, deux aqueducs. Le barrage sur l’Ognon reprend un verrou glaciaire existant. Au-delà d’un certain débit, l’eau déverse. La chute naît d’un calcul industriel, pas d’un accident géologique.
La graniterie fonctionne jusqu’au milieu du XXe siècle. Les scies s’arrêtent. Les canaux s’obturent. Le barrage reste. L’Ognon continue de passer, de déborder, de tomber. 213,6 km de cours d’eau, 400 m d’altitude ici, et cette chute artificielle devenue la plus connue des Vosges saônoises.
300 mètres de marche, le sentier qui ne trompe pas
Le parking est petit. Le sentier est aménagé. 300 m séparent la voiture de la cascade. Des racines, des feuilles mortes l’hiver, une pente qui reste raisonnable. La commune de Servance-Miellin a fait le nécessaire pour les randonneurs du dimanche.
La chute mesure 13 à 14 m de hauteur. Elle s’étale sur plusieurs mètres de large. La forme en V creuse une image symétrique que l’on n’attend pas dans ce paysage de forêt et d’étangs. Les 1 000 étangs du plateau sont là, alentour, mais celui-ci bouge, celui-ci fait du bruit.
Peut-on y accéder toute l’année ?
Oui. Le sentier reste praticable en toute saison. En hiver, les feuilles mortes glissent sous les semelles. Les racines aussi. L’été, le débit est plus généreux. Le spectacle est plus fort. Le barrage en maçonnerie n’apparaît que quand l’eau manque, révélant la structure que Varelle a fait bâtir il y a près de deux siècles.
À quelle distance des villes connues ?
La commune de Pont-sur-l’Ognon compte 62 habitants sur 4,12 km². Ce n’est pas un repère national. Il faut viser Vesoul ou Belfort pour s’orienter, puis remonter vers le plateau des Mille Étangs. Le Saut de l’Ognon se trouve sur la commune de Servance-Miellin, dans le département de la Haute-Saône. L’adresse précise importe moins que l’itinéraire forestier qui y conduit.
La graniterie a fermé, le barrage travaille encore
En période de basses eaux, le canal de dérivation apparaît, aujourd’hui obturé. L’aqueduc partiellement souterrain n’est plus visible, sauf son début en rive gauche. L’ouvrage en bois qui franchissait le vallon a disparu. Ce qui subsiste, c’est la chute elle-même, régulière, industrielle dans son origine, naturelle dans son effet.
La lumière du matin traverse la forêt des Vosges saônoises et frappe l’eau en biais. Le bruit porte. Les 62 habitants de Pont-sur-l’Ognon l’entendent sans y prêter attention. Les visiteurs, eux, s’arrêtent, lèvent la tête, mesurent les 13 mètres à l'œil.
La pierre taillée en 1835 continue de résister. L’eau continue de tomber. L’été, le débit suffit. L’hiver, la structure apparaît. Deux saisons, deux visages, un seul lieu qui n’a pas changé d’adresse.