Cette abbaye classée en 1840 pourrait propulser son village isérois au titre de préféré des Français cet été
La pierre ocre capte la lumière du matin comme elle le fait depuis six siècles. Dans ce village de l’Isère où 1 263 habitants vivent au rythme d’une abbaye classée dès 1840, quelque chose a changé cette année. Les caméras de Stéphane Bern sont passées, et soudain, les ruelles médiévales que les pèlerins empruntaient déjà au XIe siècle retrouvent une attention nationale.
1840, et déjà personne ne doutait de ce que valait cette église
L’église abbatiale du XIVe siècle n’a pas attendu les votes des téléspectateurs pour entrer dans l’histoire. Classée monument historique en 1840, elle domine le village de sa silhouette gothique, témoin d’une époque où Saint-Antoine-l’Abbaye soignait le « mal des ardents », l’ergotisme, cette maladie épidémique aussi redoutée que la peste. Les Antonins, fondés en 1080, y avaient établi leur ordre hospitalier avec 500 ans d’avance sur ce que deviendrait l’assistance publique.
Les reliques de saint Antoine le Grand, rapportées de Terre sainte en 1070, avaient déjà fait la renommée du lieu. Un seigneur local, Gaston d’Anneyron, aurait été guéri en vénérant ces reliques, déclenchant un flux de pèlerins que le village n’a jamais vraiment cessé de connaître.
+9,35 % en six ans : que cherchent les nouveaux habitants de Saint-Antoine ?
Entre 2017 et 2023, la commune a gagné des résidents à un rythme quatre fois supérieur à la moyenne nationale. Cette croissance, dans un territoire classé commune rurale à habitat dispersé par l’Insee, interroge. La labellisation Plus Beaux Villages de France y est pour quelque chose. Le titre de Village préféré des Français 2025, décerné cette année, accélère sans doute le mouvement.
La fusion des communes de Saint-Antoine-l’Abbaye et Dionay, effective depuis le 31 décembre 2015, a élargi le territoire sans le dénaturer. La route départementale RD 27 continue de le relier à Saint-Marcellin et à Chatte, à 6 km de là, comme avant.
Où se situe exactement le village ?
À l’ouest de l’Isère, au nord de la vallée de l’Isère et au sud de la plaine de Bièvre, en limite du département de la Drôme. La station météorologique la plus proche, à Chatte, enregistre une température annuelle moyenne de 12,0 °C pour la période 1991-2020, avec 967,8 mm de précipitations. L’été 2003 a vu le thermomètre grimper à 40,9 °C ; l’hiver 2005, plonger à −18,5 °C.
Quel patrimoine visiter concrètement ?
L’église abbatiale gothique, classée, reste le cœur du site. Le musée départemental du trésor de l’abbaye et le musée de la taille de pierre complètent la visite. La chapelle du cimetière de Saint-Jean-le-Fromental, classée en 1910, mérite le détour pour qui s’intéresse à l’architecture religieuse. Le village est également situé sur un chemin de Compostelle.
6 km de Chatte, mais dans une autre époque
L’accès par la RD 27 depuis Saint-Marcellin reste le plus direct. La proximité avec le parc naturel régional du Vercors et les gorges de la Bourne, mentionnées par l’office de tourisme local, place le village à un carrefour d’itinéraires. La zone de sismicité n°3 sur 5 rappelle que le relief alentour n’est pas qu’un décor.
Le jumelage avec Sermoneta, en Italie, depuis 2007, témoigne d’une ambition culturelle qui dépasse le cadre régional. Les éditions du Dauphiné libéré consacrent encore chaque jour des articles au Sud Grésivaudan, maintenant ce lien avec l’actualité locale que les grands médias nationaux ne peuvent pas reproduire.
En repartant, on emporte l’impression d’avoir traversé plusieurs siècles en quelques ruelles. La pierre ocre, là-haut, continue de capter la lumière. Les 1 263 habitants savent maintenant que leur village ne sera plus regardé de la même façon.