Cet étang corse de 570 hectares cache 11 mètres de profondeur et 2 000 ans d'huîtres
Un discret ruisseau camouflé par les roseaux. Derrière cette végétation dense, 570 hectares d'eau miroitante s'étendent sous le soleil corse. L'Étang de Diana, niché entre Aléria et Tallone sur la côte orientale, cache un record : 11 mètres de profondeur maximale, le plus profond de Corse. Pendant que les foules envahissent Porto-Vecchio, cette lagune privée perpétue 2 000 ans d'ostréiculture romaine ininterrompue. Une histoire que seuls 15 ostréiculteurs connaissent vraiment.
11 mètres sous la surface : le record corse que personne ne voit
La route côtière révèle progressivement cette étendue d'eau aux reflets changeants. Au pied des montagnes bordant la plaine orientale, Diana tranche avec les étangs corses voisins.
Biguglia s'étend sur 1 450 hectares mais reste peu profond. Urbino couvre 790 hectares sans dépasser 3 mètres. Diana, avec ses 570 hectares, plonge jusqu'à 11 mètres de profondeur.
Cette configuration unique crée un habitat exceptionnel. Les eaux douces du bassin versant de 62 km² se mélangent aux eaux tyrrhéniennes via le grau. Ce passage étroit, dragué en permanence par une "suceuse", maintient l'équilibre fragile entre mer et lagune.
Une ceinture d'herbiers à cymodocées s'étend jusqu'à 3 mètres de profondeur. Ces zostères nourrissent une biodiversité classée ZNIEFF et Natura 2000.
2 000 ans d'huîtres : quand Rome commandait à Diana
Le port romain oublié sous vos pieds
Les vestiges affleurent encore aujourd'hui. Structures portuaires romaines, traces d'exploitations ostréicoles antiques. Ces découvertes attestent d'une exploitation millénaire.
Les huîtres de Diana partaient par bateau vers le port d'Ostia, direction Rome. Elles ornaient les banquets de la haute société, réputées pour leur taille exceptionnelle. Conservées dans un mélange sel-vinaigre-miel, elles rivalisaient avec les productions des autres provinces.
La tour génoise qui gardait le trésor
Au sud du grau, une tour ruinée témoigne de l'époque génoise. Construite en 1579 sous l'impulsion du capitaine Mariano de Murato, elle protégeait le passage contre les pirates barbaresques.
Près d'elle, un îlot de 24 mètres porte les vestiges de la chapelle Santa Maria. Le domaine a traversé les siècles : évêque d'Aleria, marquis de Veneroso, conventionnel Saliceti.
En 1871, la famille bastiaise Bronzini de Caraffa acquiert la propriété. Aujourd'hui encore, un groupement foncier agricole perpétue cette tradition patrimoniale privée.
L'huître Nustrale : ce que 15 ostréiculteurs refusent d'industrialiser
La SARL Étang de Diana : artisanat depuis 1965
La plus ancienne société conchylicole de Corse emploie 15 personnes à l'année plus 5 saisonniers. Deux autres sociétés partagent l'exploitation de cette lagune de 570 hectares.
Leur philosophie reste artisanale. Comme l'explique Bernard Pantalacci, gérant : « Vous trouvez chez nous des loups, des daurades, des soles, des anguilles. Mais ceux qui font le buzz, ce sont les coquillages. »
L'Huître Nustrale di Diana naît dans cette eau exceptionnelle où un ruisseau caché apporte une richesse nutritive incomparable. 500 tonnes de moules et 50 tonnes d'huîtres sortent annuellement de l'étang.
Dégustation sur pilotis : le restaurant que les guides ignorent
Un restaurant sur pilotis offre la dégustation directe au-dessus de l'étang. Huîtres Diana fraîches, moules locales, poissons de la lagune arrivent de la table à l'assiette en 10 minutes.
Aucune carte touristique ne mentionne cette adresse familiale. Seuls les Corses et quelques initiés connaissent ce lieu où les portions restent généreuses et les prix justes.
L'ambiance contraste avec les établissements touristiques saturés de la côte sud. Ici, le temps suit le rythme des marées et des saisons.
Le silence du grau : pourquoi Diana échappe aux flux
Étang privé, accès réglementé, statut de site classé. Diana reste hors des circuits pendant que Porto-Vecchio absorbe les flux estivaux massifs.
Cette lagune de 570 hectares perpétue son rythme ancestral au pied des montagnes. Le grau ouvert en permanence maintient l'équilibre fragile eau douce-eau marine.
Pas de parasols alignés ni de jet-skis. Seulement le clapotis des eaux, le cri des oiseaux marins, et le goût d'une huître que les Romains savouraient déjà il y a 2 000 ans.
Vos questions sur Étang de Diana, Haute-Corse, étang côtier répondues
Comment accéder à l'étang de Diana et est-ce payant ?
L'étang se situe à quelques kilomètres au nord d'Aléria, accessible par les routes côtières de la plaine orientale. L'accès aux berges est réglementé car l'étang reste privé. Le restaurant sur pilotis et les points de vente des ostréiculteurs accueillent le public. Comptez 15 à 20 € pour une douzaine d'huîtres fraîches Diana.
Quelle est la meilleure période pour visiter et déguster les huîtres ?
Les huîtres de Diana se dégustent toute l'année. La période septembre-avril offre les meilleures conditions : eau plus fraîche, huîtres plus charnues. Évitez juillet-août pour la tranquillité. Le printemps révèle la lagune dans sa splendeur : eau lumineuse, herbiers verdoyants, oiseaux migrateurs de passage.
En quoi Diana diffère-t-il des autres lagunes corses ?
Diana reste le plus profond avec 11 mètres maximum contre 2 à 3 mètres pour Biguglia et Urbino. C'est le seul étang corse avec 2 000 ans d'exploitation documentée continue. Sa gestion privée artisanale contraste avec la pression touristique des autres sites. Sa protection ZNIEFF et Natura 2000 garantit une qualité d'eau exceptionnelle.
Le soleil décline derrière les montagnes corses. Les eaux de Diana prennent des teintes dorées. Une douzaine d'huîtres nacrées attend sur la table du restaurant. La silhouette de la tour génoise se découpe dans la lumière rasante. Deux mille ans que ce rituel se répète en silence.