Ce village de 154 âmes parle wallon et cache un château fort du IXe siècle
On n’arrive pas à Hierges par hasard: il faut quitter la vallée, monter vers l’éperon rocheux, et laisser le village apparaître pierre après pierre au-dessus de la Meuse. Les ruelles pavées restent silencieuses même au cœur de l’été, et l’on entend surtout le vent dans les toits d’ardoise. Pourtant, ce minuscule village des Ardennes cache deux surprises de taille.
Un château fort dont l’origine remonte au IXe siècle. Et une langue qu’on n’attend pas ici.
Un village français où l’on disait « ayi » pour oui
Car Hierges, en wallon, se dit Idje. Jusqu’au XXe siècle, c’est le wallon, la langue romane de la Wallonie voisine, qui se parlait dans ces ruelles, et non le français. Le dialecte local était si particulier que le linguiste Charles Bruneau en a fait le point numéro 7 de sa grande enquête sur les parlers wallons.
Les toponymes du village, eux aussi, sont wallons, étudiés par le chercheur Albert Doppagne.
Ce n’est pas une excentricité: c’est un héritage frontalier. La Belgique est à quelques pas, et Hierges a longtemps marqué la limite sud de la principauté de Liège. Pendant des siècles, on vivait ici davantage tourné vers Liège et la Meuse que vers Paris ou Reims.
La langue a suivi la politique, comme toujours.
Un château du IXe siècle dressé face aux Normands
C’est le château qui a fait la réputation du village. La forteresse aurait été érigée à la fin du IXe siècle pour se prémunir contre les invasions normandes qui remontaient les fleuves. Détruite au XIIe siècle, reconstruite en style Renaissance au XVIe, elle garde encore des vestiges classés et inscrits au titre des monuments historiques en 1980.
Un colombier et un ancien commun du XVIIIe siècle complètent l’ensemble.
Propriété privée aujourd’hui, le château ne se visite pas. Mais Le spectacle est dehors: on se balade au pied des remparts, on lève les yeux vers les murs de pierre accrochés à l’éperon, et le panorama sur la vallée de la Meuse fait le reste. Personne ne vous bouscule.
C’est rare, pour un site de cette trempe.
Le château de Hierges se visite-t-il ?
Non: la forteresse est une propriété privée, fermée au public. En revanche, les abords sont libres d’accès, et c’est de là qu’on profite des plus belles vues sur les remparts et la vallée.
Pierre bleue de Givet et une église bâtie en sept ans
Le village lui-même mérite le détour autant que son château. Une rue principale pavée, des maisons en pierre bleue de Givet coiffées d’ardoises, un pont de pierre à l’entrée, une croix expiatoire inscrite aux monuments historiques dès 1926 sur la place, un ancien moulin banal. L’ensemble a valu à Hierges de rejoindre le label des Plus Beaux Villages de France, après plusieurs candidatures.
Ne manquez pas l’église Saint-Jean-Baptiste, de style Renaissance mosane, construite de 1572 à 1579. Au-dessus du porche, une inscription nomme encore ses commanditaires: « Messire de Berlaimont et dame Lamberte de Croy ont fait édifier cette église en l’honneur de Dieu et de saint Jean Baptiste 1579 ». Sept ans de chantier, quatre siècles et demi de fidélité.
Les guides passent souvent trop vite devant cette façade; prenez le temps de lire.
Quelle saison pour découvrir Hierges ?
Du printemps à l’automne, quand la vallée de la Meuse est la plus belle et les balades les plus agréables. Même en haute saison, les ruelles restent peu fréquentées, vous n’aurez pas à jouer des coudes pour vos photos.
154 habitants à la frontière, et la Meuse en horizon
Le village compte 154 habitants, aux derniers comptages de l’Insee, un chiffre en baisse de 21 % en six ans. Hierges vit doucement, adossé à son rocher dans le Parc naturel régional des Ardennes, dont la commune a adhéré à la charte dès sa création en décembre 2011. La Meuse longe le village sur 1,2 km, s’écoulant d’ouest en est avant de filer vers la Belgique, toute proche.
Concrètement, Hierges (08320) se niche à quelques kilomètres de Givet et de Vireux-Molhain, dans le nord des Ardennes, aux portes de la Belgique. Givet est le point de chute le plus simple pour rayonner. Comptez une demi-journée sur place: le tour des ruelles, l’église, le pied du château, une halte à la terrasse d’un petit bar-restos.
Deux heures suffisent si vous êtes pressé, mais ce serait dommage de l’être.
C’est un village pour les amoureux des frontières discrètes, de la pierre bleue et des histoires de langues perdues. Pour ceux qui aiment qu’un lieu raconte quelque chose sans avoir à crier. Le wallon ne se parle presque plus à Hierges.
Mais sur les linteaux et dans les noms de lieux, il n’a jamais tout à fait cessé de murmurer.