Ce village a livré, depuis 1777, des tortues primitives et de petits crocodiles fossiles
Sur le chemin du Petit Guyencourt, la lumière tombe sur une terre marquée par d’anciennes galeries. À Cormicy, dans la Marne, le sous-sol raconte une histoire industrielle et préhistorique. Le détail qui retient mon regard tient dans les fossiles trouvés ici, des tortues primitives et de petits crocodiles.
La cendrière a été découverte en 1777, puis exploitée pendant près d’un siècle. Pour une halte entre Reims et Laon, le village offre un fil conducteur rare: marcher dans un paysage ordinaire en imaginant les animaux qui vivaient là bien avant les maisons.
1777: la découverte qui a changé le regard sur Cormicy
La cendrière se trouve sur le chemin du Petit Guyencourt. Elle occupait d’anciennes galeries souterraines, aujourd’hui effondrées, où l’on extrayait de l’argile à lignite sparnacien et du gypse.
Cette matière partait dans des usines de l’Aisne. Elle servait à produire de l’acide sulfurique, des sulfates et de l’alun. L’exploitation employait plusieurs dizaines de personnes.
Le site a livré des couches géologiques successives. Elles renfermaient des traces d’animaux disparus, avec une précision qui donne une autre épaisseur au paysage.
Des tortues primitives et de petits crocodiles sous le sol
Les fossiles les plus étonnants sont des squelettes de trionyx, des tortues primitives. La cendrière a aussi livré des gharials, ou gavials, de petits crocodiles fossiles.
Ces découvertes ne ressemblent pas à une simple collection de fragments. Elles font surgir une faune ancienne dans un village aujourd’hui bordé par les bois, les terres agricoles et les chemins ruraux.
D’autres animaux ont été identifiés sur place: des lophiodons, des paléothériums et des anthracotherium. Le dernier pouvait mesurer un mètre de long pour quarante-sept centimètres de haut.
Je trouve ce contraste plus fort qu’un musée rempli de vitrines. Ici, le paysage reste présent, mais les animaux ont disparu depuis longtemps.
1842 à 1930: quand la cendrière faisait vivre le village
L’exploitation de la cendrière représentait la plus grande recette de la commune. Les ouvriers brûlaient aussi les cendres sulfureuses avant de les répandre dans le vignoble.
Cette activité reliait directement le sous-sol au travail agricole. L’argile, les cendres et les vignes formaient une économie locale très concrète.
À la fermeture, les lieux ont encore servi pour leur eau. Des étangs se sont formés dans les anciennes excavations. Cette seconde vie me paraît aussi intéressante que l’exploitation elle-même.
Cormicy garde la trace des carrières dans ses briques
La cendrière n’est pas le seul témoignage de cette terre exploitée. Cormicy possédait aussi des carrières de sable et d’argile.
Une argile chargée en silice servait à fabriquer des briques sur place. Ces matériaux ont été utilisés pour reconstruire la commune après la Première Guerre mondiale.
En parcourant le village, vous pouvez donc relier deux histoires. Sous vos pieds, les fossiles racontent un monde disparu; devant vous, les briques racontent la reconstruction des maisons.
17 km de Reims: le repère pour situer la cendrière
Cormicy se trouve dans la Marne, à environ 17 kilomètres au nord-ouest de Reims. La commune est proche de la limite avec l’Aisne, dans un secteur situé à 32 kilomètres au sud de Laon.
La cendrière se situe sur le chemin du Petit Guyencourt. Les anciennes galeries étant effondrées, le lieu se comprend d’abord par son paysage et par les traces historiques qui lui sont associées.
Aucune saison particulière n’est nécessaire pour saisir cette histoire. Le bon réflexe consiste à regarder les bâtiments en briques, puis à garder en tête le sous-sol fossilifère qui les entoure.
Peut-on visiter les anciennes galeries ?
Les anciennes galeries sont aujourd’hui effondrées. La cendrière se découvre donc comme un site historique extérieur, depuis le chemin du Petit Guyencourt, sans imaginer une visite souterraine.
Où se trouve Cormicy par rapport à Reims et Laon ?
Cormicy est à environ 17 kilomètres de Reims et à 32 kilomètres de Laon. Le village se trouve dans la Marne, près de la limite avec l’Aisne.
À Cormicy, une route locale mène vers une terre qui a fourni de l’argile, des cendres et des fossiles. Les briques rouges restent visibles dans le village. Sous les pas, l’histoire est plus ancienne encore.