Ce que les 1 600 habitants de La Clusaz font en juin quand les touristes restent à Annecy

Un mardi matin de juin à La Clusaz. Les parkings sont vides. Un homme sort une caisse de reblochons d'une camionnette garée devant la fromagerie du centre. Le clocher à bulbe sonne 7h. Personne ne porte de veste de ski. Les 1 600 habitants de ce village savoyard de 1 040 m d'altitude connaissent une version des Aravis que les brochures ne montrent pas.

À La Clusaz en juin, le centre-village s'appartient encore

La station se trouve au pied de la chaîne des Aravis, à 27 km d'Annecy. Les sommets culminent à plus de 2 600 m. En hiver, les pistes drainent des milliers de skieurs. En août, les terrasses d'altitude ne désemplissent pas.

Juin, c'est autre chose. Les rues du bourg retrouvent un rythme agricole. Les alpages reprennent de la couleur. La saison ski est fermée, la foule estivale pas encore là. C'est cette fenêtre que les locaux attendent depuis des mois, sans le dire.

Le marché du lundi matin place de l'Église illustre bien ce contraste. Pour les habitants, c'est une habitude de la semaine. Pour le touriste d'août, ce serait une animation de station. En juin, c'est encore un marché de village.

Ce que font vraiment les habitants

L'alpage avant le sentier balisé

Les locaux ne suivent pas les panneaux de randonnée. Ils prennent des passages herbeux vers le Trou de la Mouche ou la Porte des Aravis, des chemins de liaison entre hameaux qui ne figurent sur aucune application de trekking.

En juin, ces versants sentent le foin coupé. Les cloches des vaches résonnent à mi-pente. Comme l'observe un accompagnateur de montagne qui guide des groupes depuis quinze ans dans les Aravis : « Les meilleurs passages, les habitants les ont appris en accompagnant leurs parents. Pas en lisant un topoguide. »

Ces chemins existent sur les cartes IGN des Alpes françaises, mais rarement dans les circuits proposés aux visiteurs. C'est précisément leur intérêt.

Le clocher baroque qu'ils ne regardent plus

Les habitants passent devant l'église Sainte-Foy sans lever les yeux. Le clocher à bulbe, construit entre 1751 et 1762, est simplement là depuis toujours. Pour un visiteur attentif, ce baroque montagnard dans un village de haute vallée est une anomalie architecturale fascinante.

Ce style dit beaucoup sur l'histoire de la Savoie, sur ses échanges avec les régions alpines voisines, sur une prospérité agropastorale qui a duré des siècles. Les locaux ne le « voient » plus. C'est souvent ainsi avec ce qui est beau depuis toujours.

Les gestes concrets du quotidien local

Le vélo de cave et les pistes hors-saison

En juin, les habitants ressortent les vélos. Le Bike Park ouvre ses portes les week-ends. Mais les locaux pédalent en semaine, à des heures creuses. Les pistes que les touristes d'août découvriront, eux les connaissent déjà.

Les températures matinales oscillent entre 10 et 20 °C à cette altitude. Idéal pour rouler sans se battre contre la chaleur. Idéal aussi pour ne croiser presque personne sur les chemins au-dessus du bourg.

Pour qui planifie un séjour dans cette zone, les villages savoyards voisins offrent des bases de départ complémentaires pour rayonner dans les Aravis.

Le reblochon fermier acheté directement

La gastronomie locale ne commence pas à la raclette du restaurant. Les producteurs de la vallée des Aravis livrent sur le marché du lundi. Reblochon AOP, tomme de Savoie, diots fumés : les habitants savent où trouver ce qui est fabriqué à 3 km de chez eux.

En juin, les troupeaux montent en alpage. La production laitière s'intensifie. C'est la période où le reblochon fermier est le plus frais, le plus aromatique. Le touriste mange en terrasse. L'initié achète au producteur avant 9h.

La montagne sans public

En août, les mêmes alpages accueillent des dizaines de randonneurs par heure. En juin, on peut passer deux heures sur un versant des Aravis sans croiser personne. La lumière du soir dure jusqu'à 21h30. Les narcisses sont encore en fleur sur les versants nord.

La Clusaz est à 50 min de l'aéroport de Genève et à 30 min d'Annecy. Sa proximité est un atout que les locaux utilisent toute l'année. Ceux qui connaissent la logique locale d'Annecy en juin comprennent vite que ce mois change tout dans cette partie de la Haute-Savoie.

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Comment accéder à La Clusaz en juin depuis Annecy ?

La gare d'Annecy est à 27 km. Des navettes et taxis desservent la station. En juin, la route est dégagée, sans contrainte neige. Compter 30 minutes en voiture. En bus régional, le trajet prend un peu plus longtemps selon les horaires.

Quelles spécialités goûter en dehors des restaurants de station ?

Le reblochon fermier AOP des Aravis, les crozets sautés au beurre, les diots en sauce. À chercher sur le marché du lundi matin place de l'Église. Les producteurs locaux y vendent directement, sans intermédiaire. C'est là que les habitants font leurs courses.

La Clusaz en juin vaut-elle le déplacement face à Chamonix ?

Chamonix attire pour le Mont-Blanc et son rayonnement international. La Clusaz offre autre chose en juin : un village encore debout, des alpages accessibles, une logique de territoire préservé proche de celle du bassin annécien. Moins de pression, plus de montagne réelle.

Le clocher sonne 20h. Les derniers randonneurs redescendent des Aravis. Un agriculteur rentre ses vaches sur un chemin de terre en pente douce. La terrasse d'un chalet sent le bois chaud. Juin à La Clusaz. Ça ne ressemble pas à une station de ski. C'est mieux que ça.