Au cœur des Alpilles, ce village médiéval veille sur les plaines vers Arles et la Camargue
On ne monte pas aux Baux-de-Provence pour cocher une case. On y monte pour le moment où la route quitte les oliviers, se resserre entre deux murs de calcaire blanc, et débouche sur un plateau où le vent sent la pierre chaude et le thym écrasé. La lumière y tape franc, même en fin de journée.
Puis on avance vers le bord, et le sol s’arrête net.
C’est là que le village prend tout son sens.
200 mètres de vide, et la Camargue au bout du regard
Le village est bâti sur un éperon rocheux qui domine de 200 m la campagne des Alpilles. Ce n’est pas une colline aimable qui descend en pente douce: c’est un aplomb, une falaise, et le mot lui-même vient de là, du provençal bauç, qui veut dire escarpement.
Depuis les ruines du château, la vue s’ouvre sur les plaines du sud, vers Arles et la Camargue toute proche. Par temps clair, la platitude du delta paraît irréelle après la verticalité du rocher. Vous comprenez en trois secondes pourquoi des seigneurs ont voulu tenir cet endroit.
Une forteresse de sept hectares et 79 villages sous contrôle
La forteresse a été construite du XIe au XIIIe siècles, sur sept hectares. De ce domaine féodal, les princes des Baux commandaient 79 villes et villages alentour, et ils ne faisaient pas dans la modestie: ils se disaient descendants du roi mage Balthazar, plantaient une étoile d’argent à seize branches sur leurs armoiries et lançaient à qui voulait l’entendre leur devise, « Au hasard, Balthazar ».
La suite fut moins glorieuse. Après les guerres baussenques du XIIe siècle, il fallut plier devant les comtes de Provence. Le domaine s’éteint au XVe siècle, à la mort de la dernière princesse.
Et en 1631, ce sont les habitants eux-mêmes qui négocient le droit de démanteler les fortifications, lassées d’être une cible. Le donjon, lui, tient encore debout.
264 habitants, un million et demi de visiteurs
Le rapport est vertigineux. La commune compte 264 habitants, dont vingt-deux seulement vivent encore dans l’enceinte haute du village, et elle accueille plus d’un million et demi de visiteurs par an. Autant le savoir avant de partir: les Baux sont aujourd’hui davantage un site qu’un lieu de vie.
Ça ne gâche rien, à condition de choisir son heure. Les ruelles de pierre, les passages étroits, les ateliers d’artisans se laissent mieux regarder quand la foule n’a pas encore fini son café à Saint-Rémy. Dans les anciennes carrières, les Carrières des Lumières projettent leurs images sur les parois de roche nue, à l’abri de la chaleur.
Combien de temps faut-il prévoir sur place ?
Comptez la matinée pour le village et le château, puis les carrières aux heures les plus chaudes. Tout se fait à pied depuis les parkings, qui sont payants. Arriver tôt change complètement la visite en haute saison.
Que voir autour sans reprendre l’autoroute ?
Saint-Rémy-de-Provence est à 8 km au nord, Arles à 16 km au sud-ouest. Entre les deux s’étend la vallée des Baux, ses oliveraies et son huile, et l’appellation viticole des Baux-de-Provence, qui couvre sept communes des Alpilles.
Printemps ou automne: la vraie fenêtre
L’été méditerranéen ici est chaud et sec, et le rocher ne rend pas la chaleur: il la garde. Le printemps et l’automne restent les deux bonnes saisons, quand la lumière rase les pierres sans les brûler. La gare d’Arles se trouve à 17 km, celle d’Avignon TGV à 28 km au nord.
En voiture, l’A7 par la sortie 25 puis la départementale, ou l’A54 par la sortie 12.
Un dernier conseil de terrain: gardez le point de vue vers le sud pour la fin. Après les ruelles, après les remparts démantelés, le regard part vers la plaine et ne rencontre plus rien avant la Camargue.
Les rapaces tournent au-dessus des vallons, l’aigle de Bonelli parmi eux. Le lézard ocellé s’étale sur les rochers arides. Et 264 personnes, en bas, referment leurs volets sur un village que le monde entier vient voir.