« Amélie, Béatrix, Charlotte » : les villas de ce port breton portent toutes un prénom de femme

À Étables-sur-Mer, la lumière du littoral accroche les maisons avant de gagner les plages. Près des Godelins, des villas portent des prénoms qui donnent à la promenade un air de roman: Amélie, Béatrix, Charlotte, puis Radegonde ou Solange.

On vient ici en été pour la baie de Saint-Brieuc et ses rivages ouverts. Mais ces noms féminins racontent aussi l’époque où un industriel a imaginé, près de l’eau, une station balnéaire sur la côte du Goëlo.

17 prénoms près des Godelins, la fantaisie d’Oscar Legris

Entre 1897 et 1905, l’industriel versaillais Oscar Legris fait construire 17 villas à proximité de la plage des Godelins. Elles portent toutes un prénom féminin: Amélie, Béatrix, Charlotte, Denise, Élisabeth, Flore, Germaine, Henriette, Isabelle, Jeanne, Lucie, Madeleine, Noémi, Olga, Praxède, Radegonde et Solange.

Legris donne aussi à sa propre villa le nom de La Persévéranza, aujourd’hui château Legris. Ce choix de noms est la meilleure raison de ralentir dans ce secteur: il transforme une suite de maisons en galerie de personnages, sans besoin d’en rajouter.

Chaque prénom retient l’œil. Vous pouvez les chercher au fil des rues, comme on suivrait les pages dispersées d’une histoire de famille.

Pourquoi toutes ces villas portent-elles un prénom de femme ?

Elles portent ces prénoms parce qu’Oscar Legris les a fait bâtir ainsi entre 1897 et 1905. L’avenue Victoria rappelle le prénom de son épouse, tandis que les villas déclinent cette série féminine jusqu���à Radegonde et Solange.

91 cabines chauffées au bois, quand les bains ont changé les Godelins

Oscar Legris ne s’est pas arrêté aux villas. Sur la plage des Godelins, il fonde une société de bains de mer avec 91 cabines et des bains chauds, dont l’eau de mer était chauffée au bois.

Ce détail donne une autre épaisseur à la plage. Aujourd’hui, le sable et l’horizon suffisent au regard, mais l’idée de ces cabines rappelle que le bord de mer était déjà un lieu où l’on venait chercher le grand air et le contact de l’eau.

La côte garde plusieurs visages. La plage des Godelins côtoie celles du Moulin et du Vau Chaperon, trois haltes qui donnent à Étables-sur-Mer son allure de village tourné vers la baie.

Peut-on profiter des plages en été ?

Oui, la période de juin à septembre est celle retenue pour profiter des plages du Moulin, des Godelins et du Vau Chaperon. C’est le bon moment pour associer la découverte des villas à une marche sur le littoral.

Une sainte née à Étables-sur-Mer, loin du décor balnéaire

Le village ne se résume pas à cette parenthèse balnéaire. Mère Théodore Guérin y naît en 1798, avant de fonder un ordre de religieuses aux États-Unis, où son parcours prend une dimension bien plus vaste que la baie de Saint-Brieuc.

Elle meurt en 1856 et est canonisée par le pape Benoît XVI le 15 octobre 2006. Le contraste est saisissant: derrière les prénoms posés près de la plage, Étables-sur-Mer est aussi le lieu de naissance d’une sainte catholique dont l’histoire s’est poursuivie de l’autre côté de l’Atlantique.

Le passé local remonte plus loin encore. La paroisse est attestée dès 1202, lorsque Alain d’Avaugour, comte de Goëlo, la donne à l’abbaye de Beauport. Le calvaire de la rue Louais, classé monument historique en 1918, prolonge cette mémoire dans les rues du village.

Entre Binic et Saint-Quay-Portrieux, une halte facile sur la baie

Étables-sur-Mer se trouve dans les Côtes-d’Armor, entre Binic et Saint-Quay-Portrieux. Depuis le 1er mars 2016, l’ancienne commune appartient à Binic-Étables-sur-Mer, qui compte 7 041 habitants.

Le plus juste est de venir pour une demi-journée sans programme serré. Cherchez les prénoms des villas, gagnez les Godelins, puis laissez la marche se prolonger vers l’une des autres plages. Les tagarins vivent dans un territoire où le bourg et le rivage restent proches.

À la fin de l’été, les noms d’Amélie, Béatrix et Charlotte restent là, face à la lumière changeante de la baie.