Adieu les croisières de midi, les Morbihannais prennent la vedette de 6h30 vers leurs îles avant juillet

La vedette quitte Vannes à 6h30. Une dizaine de passagers, des sacs de courses, un vélo attaché à la rambarde. Pas de touristes. Le Golfe du Morbihan que vivent ses 250 000 riverains n'a rien à voir avec celui des croisières de midi. Avant que l'été sature les liaisons vers les îles, en ces semaines de juin où le golfe appartient encore aux insulaires, il existe un autre plan d'eau. Moins balisé. Plus vrai.

Un golfe de 56 îles que les Morbihannais comptent autrement

Le plan d'eau couvre environ 120 km², fermé sur l'Atlantique par une passe de 900 mètres entre Locmariaquer et Port-Navalo. Les marées brassent un volume d'eau considérable deux fois par jour. L'île aux Moines compte environ 600 habitants permanents. L'île d'Arz, environ 240.

Les insulaires ne raisonnent pas en "îles à visiter". Ils raisonnent en horaires de vedettes, en marées, en jours de marché. Les lignes régulières au départ de Vannes, Séné ou Larmor-Baden desservent les îles toute l'année. En juin, comme à Quiberon, à 40 km de là, ces traversées ne sont pas encore contingentées.

Ce que les guides ne cartographient pas

Les grèves découvertes à marée basse, repères intimes des locaux

À marée basse, le golfe révèle des estrans qui disparaissent six heures plus tard. Les Morbihannais savent lesquels sont accessibles à pied depuis quelle presqu'île, à quelle heure précise. Certains bancs de sable restent inconnus des circuits organisés.

Les kayakistes locaux longent les rives de Séné dès 7h. Ils connaissent les passes entre les îlots, les coins à huîtres sauvages, les criques sans nom sur les cartes IGN. "Les touristes voient le golfe depuis un bateau. Nous, on le vit depuis l'eau", dit un kayakiste insulaire qui traverse vers l'île d'Arz plusieurs fois par semaine.

Une mémoire mégalithique partiellement sous l'eau

Gavrinis attire les visiteurs : ce tumulus à couloir gravé, construit vers 3 500 avant notre ère, compte parmi les sites néolithiques les mieux préservés d'Europe occidentale. Les visites sont contingentées, accessible uniquement par bateau depuis Larmor-Baden.

Mais Er Lannic, l'îlot voisin, reste ignoré du grand public. Deux cercles de menhirs y ont été érigés au Néolithique. La montée des eaux depuis 4 000 ans a submergé la moitié inférieure des deux cromlechs. On aperçoit les pierres à marée basse, debout dans l'eau. L'accès est réglementé : zone protégée, pas d'accostage. On les observe depuis un kayak ou le pont d'une vedette. Comme à Veules-les-Roses, ce sont les habitués matinaux qui savent où regarder.

Vivre le golfe comme un insulaire en juin

La vedette du matin, le marché de l'île, le retour à pied

Le marché dominical de l'île aux Moines commence tôt. Les premiers clients sont des résidents permanents. En juin, les files d'attente n'existent pas encore. Le tour de l'île à pied prend 45 minutes sur les chemins côtiers. L'après-midi, la lumière atlantique rasante dore les ajoncs.

Sur l'île d'Arz, 240 habitants vivent à l'année sur 3 km². En juillet, la population temporaire multiplie ce chiffre par dix. Pour l'instant, les vélos sont ceux des insulaires. Aux Portes-en-Ré, 606 habitants vivent la même logique avant l'afflux estival.

Les huîtres de la rivière de Crac'h et les producteurs du golfe

Les eaux du golfe et de ses rivières tributaires produisent huîtres creuses et huîtres plates. La rivière de Crac'h, entre La Trinité-sur-Mer et Auray, concentre des ostréiculteurs qui vendent en direct. En juin, certaines tables de dégustation restent ouvertes sans réservation.

Les prix à la dégustation directe producteur restent accessibles hors saison. Comme sur la Seudre en Charente-Maritime, cette économie ostréicole de bord d'eau fonctionne d'abord pour les locaux.

Juillet arrive, le golfe change de visage

En juillet, les vedettes affichent complet des semaines à l'avance. Les grèves secrètes apparaissent sur les réseaux. Les terrasses de l'île aux Moines refusent du monde. Le golfe reste le même plan d'eau. Les mêmes 120 km², les mêmes marées. Mais il n'appartient plus aux mêmes personnes.

Les Morbihannais basculent vers la côte nord du golfe, côté Séné ou presqu'île de Rhuys. Moins accessible en voiture. Moins signalée. Toujours là en septembre.

Vos questions sur le Golfe du Morbihan répondues

Comment accéder aux îles sans passer par les croisières touristiques ?

Les vedettes régulières pour l'île aux Moines partent de Port-Blanc (Séné) et Baden. Pour l'île d'Arz, le départ se fait depuis Conleau (Vannes). Ces lignes existent toute l'année pour les insulaires. En juin, billets disponibles sans réservation longtemps à l'avance.

Quelle est la particularité des mégalithes du golfe par rapport à Carnac ?

Carnac est un alignement terrestre, visible librement. Le golfe abrite Gavrinis, accessible uniquement par bateau, et Er Lannic, deux cromlechs partiellement immergés depuis 4 000 ans. L'ensemble mégalithique breton fait l'objet d'une candidature active au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le golfe vaut-il le détour en dehors de juillet-août ?

Juin et septembre sont les mois recommandés par les insulaires eux-mêmes. La lumière atlantique de fin d'après-midi est identique en juin et en août. L'eau du golfe atteint 18-19°C dès juin. La fréquentation, elle, est trois fois moindre qu'en plein août.

Six heures du matin. La vedette quitte le ponton dans le silence. Un pêcheur remonte ses casiers vers Séné. L'eau sent le varech chaud. Dans trois semaines, ce même trajet sera commenté en cinq langues. Pour l'instant, personne ne parle.