À 2h de Rennes, ce château du Morbihan classé dès 1840 cache 9 siècles de résidences ducales oubliées
9 siècles de ducs de Bretagne. 5 000 francs pour l’acheter en pièces détachées. Le château de Suscinio a failli disparaître en 1798, puis en 1965. Il tient encore, à deux pas de l’océan, sur la presqu’île de Rhuys.
1213 et la première pierre : ce que les ducs de Dreux ont bâti en 24 ans
Le manoir naît entre 1213 et 1237, sous Pierre de Dreux, cousin du roi de France et nouveau duc par mariage. Une lettre de 1218 le mentionne pour la première fois. Les fondations d’un primo-édifice, encore visibles dans la grande courtine nord, suggèrent un relais de chasse proche de Vannes, protégé par la forêt et la mer.
Jean Ier, dit le Roux, poursuit l'œuvre de son père. La grande courtine nord et la tour quadrangulaire ouest datent de son règne. Le logis du XIIIe siècle n’a plus que ses fenêtres, logées dans le rempart, et des vestiges mis au jour par les archéologues. Jean II, en 1286, ajoute la tour de l’Épervier à l’angle nord-est. Le château devient arsenal ducal : archives, trésor monétaire, et cent personnes hébergées lors des séjours de chasse.
1840, la première liste : comment Prosper Mérimée a sauvé les ruines du romantisme
Prosper Mérimée visite les ruines en 1835. Inspecteur général des monuments historiques, il ne s’intéresse pas à l’architecture intacte : c’est le caractère romantique de l’écroulement qui le retient. Cinq ans plus tard, le château entre sur la première liste des monuments historiques, classé dès 1840.
Le classement ne suffit pas. Le vicomte Jules de Francheville rachète le domaine en 1852, sa famille tente de sauver l’existant. Mais le déclin reprend. En 1965, le Conseil départemental du Morbihan rachète le château, à l’initiative de Raymond Marcellin, conseiller général de Sarzeau et président du département. Une grande partie des élévations menaçait alors l’écroulement total.
5000 francs et la fin d’un monde : le château vendu en pièces à la Révolution
En 1798, le château devient bien national. Le marchand Pascal Lange l’acquiert pour 5 000 francs. Son objectif : revendre les matériaux. Bois des charpentes, pierres de taille, tout ce qui se démonte part. L’opération achève ce que les siècles de négligence avaient commencé.
La dégradation était déjà ancienne. Une tempête avait emporté toitures et cheminées en 1599. Henri IV avait ordonné des réparations, mais la dissociation du domaine de Rhuys et du château, resté aux Montigny, avait coupé les ressources. Au XVIIIe siècle, les bâtiments servent de grange. Les procès-verbaux de l’époque décrivent un stockage des récoltes dans les parties « qui ne tombent pas encore ».
Le château est-il accessible depuis Rennes sans voiture ?
Non. Le site se trouve à Sarzeau, sur la presqu’île de Rhuys, au bord de l’océan Atlantique. Le trajet depuis Rennes prend environ deux heures en voiture. Aucune ligne ferroviaire ne dessert directement la presqu’île ; la gare la plus proche est à Vannes, avec une correspondance routière à prévoir.
Quand visiter pour éviter les foules et voir les marais salants ?
La saison n’est pas précisée dans les sources officielles. La proximité de l’océan et la configuration des marais salants et des prairies environnantes suggèrent une ouverture majoritairement estivale. Avant l’affluence de juillet-août, la lumière sur les douves et le silence des remparts offrent des conditions de visite particulièrement favorables.
1965 et la seconde naissance : ce que Raymond Marcellin a racheté à temps
Le rachat par le département en 1965 marque un tournant. Raymond Marcellin, figure politique du Morbihan, engage une restauration de longue haleine. Les travaux portent sur les élévations menacées, les courtines, les tours. L’objectif n’est pas de reconstituer un état hypothétique, mais de stabiliser ce qui reste, de rendre lisible les 9 siècles de construction ducale.
Le château que l’on visite aujourd’hui porte les marques de cette double histoire : les phases du XIIIe au XVe siècle, la dégradation du XVIe au XIXe, et l’intervention moderne. Les espaces de plaisance ajoutés sous Jean IV et Jean V, au milieu du XVe siècle, coexistent avec les éléments défensifs du XIIIe. Le résultat est un monument composite, « résultat de l’évolution du pouvoir seigneurial », selon les historiens du site.
La mer est à proximité immédiate. Le château a été conçu pour cette relation : protection côté terre, ouverture côté océan, accès à Vannes par les voies d’eau. Les marais salants et les prairies qui entourent aujourd’hui la presqu’île de Rhuys remplacent la forêt d’antan, mais la configuration du lieu reste lisible. On comprend pourquoi les ducs y revenaient, entre 1240 et 1250, avec une centaine de personnes, avant que les visites ne deviennent plus épisodiques.