13 mars : Journée Mondiale de solidarité avec les prisonniers en Tunisie



13 mars : Journée Mondiale de solidarité avec les prisonniers en TunisieLa célébration de cette journée revêt bien entendu un caractère extrêmement polémique et même si ce site n'est pas une tribune d'opinion, nous livrons à votre réflexion le courrier envoyé à Monsieur Béchir Tekkari, ministre de la Justice et des Droits de l’homme Tunis République tunisienne par Robert Ménard, le secrétaire général de reporter sans frontière, le 1° août 2005.

Monsieur le Ministre,

Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté d’expression, souhaite attirer votre attention sur les conditions de détention de Maître Mohammed Abbou, avocat et militant des droits de l’homme, emprisonné depuis le 1er mars 2005, et actuellement en grève de la faim.

Notre organisation est très préoccupée par de récentes informations transmises par ses avocats et ses proches selon lesquelles Mohammed Abbou souffre de troubles psychiques qui pourraient être liés à l’administration à son insu de psychotropes ou de neuroleptiques.

En effet, deux défenseurs de Mohammed Abbou ont fait part, après une visite à leur client, d’une dégradation de son moral. Mohammed Abbou a déclaré avoir été victime d’un abattement incontrôlable et de phases de dépression après s’être alimenté. Il aurait également constaté des irritations sur son corps.

En revanche, quand il cesse de s’alimenter, comme c’est le cas depuis le 25 juillet dernier, Mohammed Abbou ne ressent plus ces troubles de son état psychologique.

En tant que ministre de la Justice, vous avez la responsabilité des établissements pénitentiaires, notamment celui de Kef dans lequel est détenu Mohammed Abbou. Reporters sans frontières vous demande de permettre, dans les plus brefs délais, un examen médical et des tests de laboratoire pratiqués par un médecin désigné par la famille de Mohammed Abbou. Cette demande a été refusée à ce jour.

Un refus de tels examens indépendants serait un signe très préoccupant du manque de transparence de l’institution pénitentiaire placée sous votre autorité. Si votre ministère refuse à Mohammed Abbou un tel examen, les accusations d’administration forcée de neuroleptiques ou psychotropes ne seront que renforcées. Il en va de la crédibilité de l’institution pénitentiaire tunisienne.

Dans le passé, des témoignages d’anciens détenus politiques avaient déjà évoqué de telles pratiques dans les prisons tunisiennes. Si elles sont toujours en vigueur, elles doivent cesser immédiatement car elles s’apparentent à des tortures contraires à tous les standards internationaux sur le traitement des prisonniers.

Nous vous prions, Monsieur le Ministre, d’agir au plus vite afin de garantir l’intégrité physique et psychologique de Mohammed Abbou, en grève de la faim depuis plus d’une semaine.

Nous tenons à vous rappeler que Mohammed Abbou a été condamné, en première instance, le 29 avril 2005, à trois ans et six mois de prison. Reporters sans frontières avait alors dénoncé une "mascarade de procès". Le 10 juin, l’avocat avait vu sa peine de trois ans et demi de prison confirmée en appel.

Je vous prie de d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Robert Ménard




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